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Blogs > Jonathan Prescot > Les palmiers sont-ils de droite ?


Samedi 30.6.2007. 00:00h

Les palmiers sont-ils de droite ?

Depuis que j’ai lu le livre de Josiane Ubaud, je m’interroge : les aménagements paysagers de nos villes dévoilent-ils le moi politique profond de leurs élus ? Avec les palmiers, on passe du rire aux larmes.
Christian Bourquin, président du Conseil Général catalan Christian Bourquin, président du Conseil Général catalan

Josiane Ubaud est ethnobotaniste, elle parcourt le pays d’oc à la recherche du lien obscur entre plantes et hommes. Pour elle, les arbres n’ont jamais été plantés par hasard : raisons économiques, sociologiques ou d’agréments, ils sont les marqueurs de ce que nous sommes. Dans un ouvrage passionnant intitulé "Des arbres et des hommes", sorti en 1997, elle dresse le tableau de leur concordance. Tour à tour vecteurs de convivialité, fournisseurs d’ombres, marqueurs sociaux ou symboles républicains, les arbres nous parlent des hommes. Mais elle déborde aussi sur une impitoyable sociologie de l’arbre quand elle nous parle du palmier "attrape-touristes qui fait de notre Languedoc un cliché sud de pacotille, digne des Bahamas". En fait, l’arbre roi de nos avenues hollywoodiennes catalanes était au XIXè siècle le symbole évident de l’arrogance bourgeoise, au Sud de la France. Les palmiers nous parleraient-ils politique?


Pour Perpignan la catalane, c’est clairement à droite…


Son millier de palmiers municipaux nous rappelle à quel point dominances bourgeoises et municipales se sont succédé dans une stratégie droitière et constante pour en faire "la ville du palmier". Mais qu’en est-il ailleurs ? Banyuls y avait échappé. Dans cette ville de vignerons et de marins, quelques arbres plantés de ci de là marquaient les limites de la bourgeoisie locale. Mais un front de mer à tendance niçoise marquerait-il le passage en son temps de Jean Rède, le sulfureux maire RPR ? Port-Vendres résiste bien. Quelques plantations le long des quais nous rappellent que l’ancien maire, Jean Vila, était un ami personnel de Jacques Chirac et du promoteur Jean-Claude Méry. Aujourd’hui, la ville est à gauche. Pour Collioure c’est plus difficile. Jusque très récemment les palmiers étaient peu présents, contre l’avis de l’architecte des bâtiments de France, Alain Vernet, qui voulait les imposer dans le réaménagement du square Caloni, début 90’s. Mais depuis peu, ils apparaissent. Collioure glisse-t-il à droite ? Les derniers résultats électoraux tendent à le montrer.

La tramontane est-elle de gauche ?

Pour Argelès c’est plus facile, les nouveaux ronds-points n’en sont pas pourvus, et, malgré une troublante allée de palmiers aménagée vers le mas Larrieu, il semble qu’Argelès soit toujours à gauche. Le sénateur P.S. Jean-Luc Mélenchon, en visite dans la ville en avril 2007, ne me démentira pas. Pour Saint-Cyprien, il n’y a pas photo, les palmiers poussent comme des champignons sous la férule d’une municipalité UMPiste qui assume. Pareil pour Canet, qui reste à droite jusqu’au dernier de ses palmiers californiens. Il est vrai que la Californie est un état fédéral américain dirigé par le sénateur Républicain Arnold Schwarzenegger. Pourtant, ils ont parfois du mal, les palmiers Californiens de Canet ! Comme à Saint Cyprien ou à Perpignan, ils doivent se demander si la tramontane ne serait pas de gauche, elle qui les malmène jusqu’au trépas.

Le clivage droite-gauche n’y survivra pas

Mais droite et gauche à la française ont en commun une méconnaissance a peu près totale de la mondialisation néo-libérale et de ses virus parasites. Le bug a pour nom Paysandisia Archon, joli papillon venu sans papier d’Amérique du Sud avec pour seul objectif connu : tuer les palmiers. Tel un clandestin accusé de ravager les comptes de la sécurité sociale, il affole nos responsables municipaux et écorne les budgets en d’inutiles stratégies de retour aux frontières. L’opposition s’en inquiète, le risque d’être accusé de complaisance plane sur les assemblées municipales. Faut-il rendre républicaine la lutte contre cette immigration clandestine et faire du palmier un symbole de gauche ? L’accès à un privilège jusqu’alors réservé à la bourgeoisie ? Certains exigent la fermeture des frontières, d’autres des compromis d’alliances. Les palmiers n’ont pas fini de nous parler politique…



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