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Blogs > Jonathan Prescot > Après l'arrachage de la vigne, l'arrachage des villas ?


Samedi 5.5.2007. 00:00h

Après l'arrachage de la vigne, l'arrachage des villas ?

Lancée comme une boutade il y a 20 ans, cette phrase m’avait fait sursauter. Mais peut-être faudra-il en arriver là, faute d’avoir compris que la crise viticole marque un tournant radical pour notre futur.
Elne, Roussillon : le bâti chasse la vigne Elne, Roussillon : le bâti chasse la vigne

C"Elne, Roussillon : le bâti chasse la vigne

hez nous on arrache les villas pour planter de la vigne !". Devant ma mine éberluée, Alain éclate de rire. Nous sommes à la fin des années 1980, dans un restaurant parisien. Je viens d’expliquer que, dans le "Midi", la vigne va mal, et que les villas gagnent sur les terres agricoles. Alain Turion est encore directeur de cabinet de Bernard Stasi, le maire d’Epernay. Son regard pétille, ce qui semble n’être qu’une boutade est en fait proche d’une vérité qui fait mal. Il faut dire qu’Epernay c’est le cœur du vignoble Champenois. A l’époque ça marche fort : la demande est supérieure à l’offre, les cours s’envolent. Si j’écoute Alain Turion, il n’y a pas de fatalité à la crise.


Aujourd’hui, la viticulture oscille entre bonheur et tragédie…


En fait, il n’y a pas une mais plusieurs viticultures : entre concurrence mondiale et baisse de la consommation française, les caves coopératives peinent, alors que certaines caves particulières prospèrent sur un marché de niches en forte expansion. En Roussillon, alors que certains quittent le métier avec juste le RMI pour vivre, d’autres s’installent en viticulture comme on entre en religion : avec fougue et passion. Des femmes, bien souvent, marquant une différence essentielle dans leur approche, plus en harmonie avec la terre, plus déterminées aussi. Les mots clefs chez ces nouvelles venues sont "agriculture biologique", "bio-dynamie". Elles excellent en comm’ et défendent avec ardeur une production de qualité. On pourrait donc se rassurer en pensant que la crise n’est que l’épisode d’une mutation parmi tant d’autres, que le filet social repêchera les plus fragiles et qu’au fond, tout finira par s’arranger. Mais cette fois, dans les Pyrénées-Orientales, il se pourrait que ce soit différent et plus grave : plus de 42% des exploitations agricoles ont disparu en 4 ans et il s’est construit, en un an, 2600 nouvelles résidences principales, selon le rapport 2006 de la Trésorerie Générale de Perpignan, qui plante le décor du dernier acte de cette tragédie centenaire : Le nombre de permis concernant les logements a progressé de 27 %. A ce rythme, moins 42 plus 27 feront très vite 0 agriculture, car l’expansion immobilière se fait en concurrence avec l’agriculture.

Si la population double, le bâti est multiplié par 8…

Et c’est là que tout bascule, la même étude indique qu’en 2020 la population des P.O. sera de 500.000 habitants. Or en 2003, le géographe Yves Lebahy, spécialiste du littoral et chercheur à l’université de Rennes, tirait la sonnette d’alarme en démontrant que le doublement récent de la population résidentielle autour du Golfe du Morbihan avait entraîné la multiplication par 8 des surfaces construites. Il insistait sur une donnée particulière : les constructions s’étaient réalisées prioritairement dans les zones plates et accessibles, les meilleures terres agricoles ! En Catalogne Nord, en proportion, la tendance va donc s’accélérer jusqu’à l’emballement : tout retour en arrière deviendra impossible. L‘aurons-nous décidé ? Non, en fait, c’est bien pire, nous l’aurons laissé faire.

L’agriculture : une chance pour demain…

Mais au-delà de la perte d’une activité, c’est à une part de nous même-que nous renoncerons alors. Le plaisir de mordre dans un "Rouge du Roussillon" bien juteux, celui du spectacle des cerisiers en fleur, la douceur d’un verre de muscat ou celui d’un biscuit trempé dans un verre de banyuls. Plus grave, aurons-nous la lâcheté de laisser ces jeunes qui s’installent affronter seuls la pression immobilière, alors qu’ils démontrent que l’agriculture a un avenir ? Peut-on laisser le tourisme devenir la mono-activité d’un territoire, avec pour seule perspective d’évolution les résidences pour personnes âgées ? Non, l’agriculture est une chance pour demain. Plus qu’un choix économique, c’est un choix de société, de notre société. Donc un choix politique. Et si l’agriculture s’invitait dans le débat ?



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