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Blogs > Jonathan Prescot > L’argent rend-il écologiquement con ?


Vendredi 21.7.2006. 00:00h

L’argent rend-il écologiquement con ?

Quand il fut à la recherche de symboles capables d’affirmer à la face du monde son statut de nouveau riche de la middle class, mon cousin Brian n’hésita pas une seconde et se lança dans la voie royale du bobo halluc
L’argent rend-il écologiquement con ? L’argent rend-il écologiquement con ?

Sa nouvelle maison, située dans un lotissement de Perpignan Sud sur une parcelle de belle terre anciennement agricole, fut dotée dès sa conception de grandes baies vitrées pour que le soleil pénètre dans toutes les pièces. Dans la vaste pelouse de gazon tendre prolongeant l’arrière de son habitation jusqu’au mur du voisin, haut de 2 mètres afin de ne pas être dérangé par sa présence, avait été implantée une superbe piscine. Un saule pleureur du plus bel effet y fut également dressé afin de donner aux visiteurs l’illusion d’un paysage de Dordogne qui l’avait ému dans son enfance. Une fontaine surmontée de 4 geysers, projetant de somptueuses volutes à plus de 3 mètres, complétait l’ensemble dans un style purement Trocadéro. A l’intérieur, écrans plasmas, chaîne Hi-fi haut de gamme, lecteurs de toutes sortes, alarmes, frigo américain dans la cuisine, climatisation réversible et autres objets électriquement dépendants, à la grande joie du lobby militaro-industriel de l’atome français qui se présenta sous les traits anodins et rassurants d’un agent du service public EDF afin d’envisager un "bilan énergétique optimal". L’argent de mon cousin Brian le rendit "moderne". Sa vie était un rêve peuplé d’objets indispensables au design délicat et quand il fut licencié par la compagnie mondialisée qui l’employait, afin de donner sa chance à un Indou du sous continent payé 5 fois moins cher, le rêve se brisa. Il se brisa d’autant que le Hummer H2, version civile du monstrueux 4X4 de l’armée américaine, qu’il avait acheté pour aller chercher les enfants à l’école en toute sécurité, lui servait aussi à regarder sur écran plat les matchs de foot, climatiseur à fond, bières fraîches et son numérique diffusé par l’antenne satellite. Une habitude qui ne lui permit pas de réaliser que pendant qu’il regardait les drames footballistiques, sa femme s’en payait discrètement une tranche avec le voisin situé de l’autre côté du mur. Incapable de payer les factures d’électricité, sa luxueuse maison devint un four solaire de grande capacité. La compagnie de l’eau, coupant son abonnement, transforma la piscine en marigot sub-tropical et la pelouse redevint la broussaille méditerranéenne qu’elle était, après que le cultivateur qui l’occupait en fût exproprié. Finalement, le Hummer H2 comme tout le reste fut saisit par la banque.

L’argent de Brian fut une catastrophe écologique autant qu’humaine...

Le bilan était affligeant. Pour autant, fallait-il en conclure que c’était l’argent qui l’avait rendu définitivement con ? Connaissant Brian depuis l’âge où l’on découvre les effets étonnants d’une loupe interposée dans les rayons du soleil sur le comportement des fourmis, je puis affirmer que Brian était con bien avant d’être riche. Son argent avait juste permis que ça devienne une évidence. Il fut aidé en cela par la presse et les médias, qui vantent à longueur de journée les valeurs modernes de la société de consommation soutenue par la croissance. Il fut également conforté dans son erreur par de bien pensants journalistes, d’une radio de service public là aussi, qui le déculpabilisèrent en lui laissant croire que ce qu’il écoutait était de la "promo" et non de la "publicité". Finalement il fut poussé au crime écologique par l’état, gérant des 59 réacteurs nucléaires français dont il faut bien justifier l’existence alors qu’aucun débat démocratique n’en a validé la construction. Si mon cousin Brian avait été moins con, il aurait profité de son argent pour restaurer ou faire construire une maison de village, peu consommatrice d’espace et d’énergie. Il l’aurait choisie agrémentée d’un "hort", forme catalane des jardins de curés, dotée d’un figuier fournissant comme les vignes vierges de la fraîcheur en été, du soleil en hivers et des fruits délicieux à l’automne. Au lieu d’une piscine et d’un 4X4 luxueux il aurait acheté un vieux Citroën C15 d’occasion afin de se rendre paisiblement dans une crique sauvage et poser sa serviette sur une dalle de schiste, sans craindre que son véhicule ne soit vandalisé. Sa femme aurait adoré cette vie simple et riche d’émotions multiples. Il ne l’aurait pas perdue et l’argent qui serait resté aurait permis d’aider des jeunes à s’installer ou à des associations d’agir. De ce sentiment de bien vivre et de bien faire au travers de soi, mon cousin aurait tiré une forme subtile de bonheur parfaitement décrite par le philosophe brahmane Krishnamurti dans son meilleur ouvrage intitulé "Se libérer du connu". Ce livre culte, définitivement oublié par les médias, autant dire censuré, aurait permis à Brian d’être un peu plus catalan dans l’approche de sa vie en Roussillon, ce qui au final l’aurait probablement rendu moins con aux yeux de tous.



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