On évoque aujourd’hui une arrivée en masse. Une gageure ! Savez-vous ce qu’est une migration en masse ? Si vous n’arrivez pas à vous le représenter, souvenez-vous, les Romains dans l’Antiquité, les Germains au début du Moyen-Âge. Ceux-ci ne constituaient que de faibles pourcentages ! Vinrent, plus nombreux, mais pas envahisseurs au sens premier, les Occitans des XVIe et XVIIe siècles, et enfin tous ceux arrivés depuis 150 ans, Français du Nord, Catalans du Sud, Espagnols, Portugais, Maghrébins, Nordiques en retraite, etc. Tous venus régénérer le sang des vieux locaux, Ibères & Co... Pourtant, les habitants “made in Catalonia” parlent toujours d’être Catalans, et maintenant plus que jamais.
Y a t il contradiction entre Anglais et catalanité?
Notre histoire démographique permet de se rendre compte que l’on a fabriqué depuis des siècles un modèle original pour un pays sans état. La Catalogne, terre d’immigration, invite surtout à la penser comme terre d’intégration. Alors, les Anglais maintenant, les Belges, les Hollandais ou les Français avant et toujours, pour des raisons d’héliotropisme en bonne partie... Mais aussi et surtout les Espagnols ou les Maghrébins, pour des raisons plus prosaïques, tous ne sont que des éléments de plus dans le melting pot. On nous sert que les Anglais ne parlent pas français, qu’ils font même des associations entre eux, qu’ils montent des agences immobilières, etc. Effectivement, mais il y en a beaucoup d’autres qui ne parlent pas français et que devrait dire le catalanisant que je suis ! Pour les associations, en oublierait-on celles des Espagnols, des Portugais, des “gens du Nord” et celles des Catalans expatriés. L’immobilier, parlons-en ! Qui vend ?! Qui est propriétaire de terrains, bien content que sa vigne soit dans le P.L.U. municipal ou que sa ruine soit constructible ?! On est prêt à vendre son bien et son âme au plus offrant mais après on râle.
Être catalan : une nouvelle définition ?
Se pose le problème de notre identité. Elle joue à fond ici selon un processus classique, celui de la contre-identité : les “autres” arrivent et nous avons l’impression, avec raison mathématique, qu’ils nous diluent. Nous réagissons par peur de disparaître et de fait nous n’avons jamais autant clamé ce que nous étions ! En fait, il y a tout à y gagner. Alors, comme on sait produire du Catalan depuis qu’existe la Catalogne, just let’s do it! C’est là qu’est le défi. Au Sud, on s’y attèle encore plus car les migrations et les perspectives sont autrement plus fortes et diverses. Ici comme là-bas, cette capacité d’intégration réside dans la "traça", le savoir-faire, pour ne pas tomber dans la désintégration. Mais tout n’est pas si simple : nous devons faire très attention à ne pas tomber dans l’angélisme et dans deux énormes écueils : l’identitaire de rejet et l’identitaire marchand. Le mot “catalan” est aujourd’hui galvaudé devant ces arrivées extérieures et être catalan ne veut parfois plus dire grand chose : rugby, cuisine, grand-messes, etc. mais aussi artisans, garages auto, supermarchés, etc. J’applaudis toujours ces initiatives, mais quelle profondeur au-delà des mots ? La catalanité est devenue à la mode, superficiellement, pour vendre, surtout aux “Nouveaux Catalans”, ou par procuration vis-à-vis des “Catalans”, ceux de “l’autre côté”, que nous croyons plus "eixorits" que nous. Alors ne rêvons pas, tout le monde a son destin entre ses mains : si nous voulons sauver notre être culturel, voire identitaire, nous devons nous faire confiance et commencer par démonter les murs de séparation de notre société cloisonnée. Les Anglais ne vont pas sauver, par défaut ou par volonté, notre catalanité, mais ils ne seront pas mécontents d’y participer, parfois peut-être plus que nous-mêmes, car ils ont aidé à nous le suggérer.
Tout à fait d'accord. La Catalogne est un modèle d'intégration. Son histoire le prouve. Je ne peux que vous renvoyer vers les excellentes recherches du professeur Jean Peytavì !