La femme occupe peu d'espace dans l'histoire catalane. La densité des archives est davantage orientée vers l'homme, acteur pour lui et beaucoup souvent pour elle. Il y a peu d'études avant que la femme ne suscite l'intérêt solidaire des historiennes au XXème siècle. Quand on en parle, ont les évoque dans leur lieu familial, comme la veuve ou la fille aînée, ou laeur présence en groupes marginaux comme sont les épouses, les prostituées ou les sorcières. Quelque fois la femme se détache quand elle se trouve dans un lieu de privilège près de l'homme comme la reine Violant d’Hongrie, la bandit Joana, compagne du “bandoler” Serrallonga, les défenseurs d'Ile-sur-Têt au XVIème siècle, la religieuse Soeur Antigó de Perpignan ou les résistantes du XXème siècle comme Roseta Blanc, née à Elne. Tout compte fait la femme catalane existe peu en faits remarquables par rapport aux hommes. La "normalité" de sa position quotidienne la place au deuxième plan, qui souvent malheureusement n'intéresse pas la postérité. C'est une mineure avec un tuteur masculin qui officiellement doit le protéger par l'institution du mariage, comme disent les coutumiers du XIXème. Elle reste seulement en tant que sujet d'étude sociale même en plein XXème siècle quand, au bout de millénaires de distribution masculine pour les rôles majeurs, le casting social commence à se féminiser.
Maîtresse véritable de son domicile
L'originalité, cependant, lui est fournie par cette description même. La femme catalane est maîtresse des lieux de vie, où atteint la centralité. Dans la famille en tant que groupe que les lois écrites reglementent strictement, la distribution des rôles, précise et reproductrice depuis le moyen âge jusqu'au XIXème siècle, elle peut assumer le protagonisme, en étant la fille aînée, héritière du patrimoine, quand elle est désignée par hasard ou par élection élue clé de voûte du système. Or, la plupart du temps elle est désignée par un homme (père, frère, mari) et elle subirà toujours son regard. Mais le pouvoir est plus à elle car le bien familier -et le nom, originalité locale!- passe par elle. Elle s'impose grâce au nerf de l'alliance, l'argent, qu’elle peut transmettre légalement, récupérer et gérer, autre spécificité.
Les cas de transgression sont difficiles, presque impossibles dans l'immense majorité des cas, parce que basiquement on ne peut pas défaire ce que de manière immémoriale Dieu a fait. Sociale sera la fuite au loin ou au contraire la sortie d'un clan vers un autre avec le mariage. Sexuelle sera aussi par la domination du "mâle", mais pas forcément rare parce que les personnalités font leur effet. Cela dit, l'extraconjugalité est vraie, "tacitement acceptée" en haut de la hiérarchie sociale, cachée dans la paysannerie où on peut détacher la violence. Intellectuelle sera réservée aux couches sociales les plus élevées et encore.
Au XXIè siècle, la femme affranchie à 100% ?
Les étapes des révolutions industrielles permettent de faire exploser quelques licous et aller vers plus d'équité et d’égalité entre l'Homme et la Femme, jusqu’à l'arrivée de la Journée Mondiale de la Femme Travailleuse né il y a 100 ans, scellé par l'ONU en 1945. Cette égalité progressive, peu glosée dans la constante relation de domination par l'homme, s’insinue dans les pratiques et les esprits quand s’accélèrent les nécessités sociales et économiques. Mais à petits pas, bien petit à petit. Quand la révolution française la lui donne, le Code Civil lui reprend en donnant encore une fois l'autorité au père ou à époux. Ce n’est qu’au au XXème siècle, 1931 dans l'état espagnol, 1946 en France, que le droit de vote leur est accordé. Quand l'économie dérange le monde familial, quand les cadets quittent le foyer, quand le battement de la vie passe du champ à la ville, les relations de force changent entre homme et femme. La scolarisation augmente la libération, mais la liberté est le but à obtenir, c'est-à-dire de fait cesser d’avoir à choisir entre Marie l'idéal, l'humble ou Eve, le naturel, le mal. Une troisième voie en voie de construction encore aujourd'hui avec beaucoup de brèches à ouvrir. Il faudra beaucoup d'années pour que la journée de la Femme paraisse déphasée et doive être supprimée.