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Samedi 22.9.2007. 00:00h

Crise du vin : 1965 fut pire que 1907 !

La crise viticole de 1907 est un épiphénomène qui "nous secoue à cause de son aspect violent" selon Gilbert Larguier et Geneviève Gavignaud, auteurs du livre "Le vin en Languedoc et en Roussillon" qui
Gilbert Larguier - Université de Perpignan Gilbert Larguier - Université de Perpignan

Selon Larguier, jusqu'au XVIIIe siècle, la production était habituellement réalisée dans un rayon de consommation réduit, avec peu d'esprit de marché. Mais l'amélioration relative du temps, au sens premier et second, met en marche une "mondialisation" qui amène le vin à devenir un produit pour l'extérieur. Grâce à l'appréciation des vins doux, on boit le Muscat de Rivesaltes à la cour du roi de France, à Copenhague ou à Boston. Le vin est conditionné pour une demande bien solvable. À 100 km de Perpignan, le port de Sète est le point de départ vers le Nord, et on profite de l'élan de l'eau-de-vie sud-Catalane. Les commerçants languedociens et nord-catalans arrosent l'Europe et s'enrichissent. Toutefois le vin, du point de vue commercial, fonctionne par à-coups, les moments fastes succèdent aux crises de mévente par cycles d'environ 30 ans. Le train arrive au milieu du XIXè siècle (en 1858 à Perpignan) et la viticulture est relancée : il faut approvisionner en quantités énormes les grands marchés de la révolution industrielle. À la fin du XIXème, le phylloxéra n'est pas le plus grand mal, nous dit Larguier, parce que "le vignoble nord-Catalan est l'un des derniers à tomber malade, et ceci en partie le favorise". 1907 est une année de constipation du marché en France, les affaires sont à la baisse et ça explose ! On fait descendre une armée nerveuse, afin de soumettre le Midi coléreux, et un symbole naît.

1907, qu'est-ce que c'est donc ?

L'historien décrit cette belle époque qui alors se termine, "un temps où les petits ont eu le droit d'être grands", "la vigne permettait l'estimation des mauvaises terres ". Cela met en évidence que 1907 est en fait le point de rencontre entre la petite viticulture et le marché de masses, et évidemment "c'est le mouvement de protestation du Sud français qui demande de l'aide car il a déjà mythifié l'âge d'or antérieur". Mais c'est aussi le moment où l'on encadre le monde viticole : on fait les lois sur la fraude, on créée les syndicats agricoles et surtout le mouvement coopératif "pour sortir de la prison du négociant". Par ricochet, vue la réaction du gouvernement, d'autres mythes naissent, comme Albert ou Ferroul et les manifestations les plus grandes que nos régions ont connues.

La fin du XXème est plus grave que son commencement

Aujourd'hui la crise est différente et le contexte semble plus à l'européanisation du XVIIIème qu'en 1907. Nous nous trouvons dans une conjoncture autre, "en fait, le point d'inflexion pour notre histoire viticole est plus 1965 que 1907"!, lance Larguier. D'abord, les marchés d'exportation, essentiellement nationaux et coloniaux, disparaissent. Plus important encore, 1965, c'est le premier supermarché, qui fait naître un nouveau type de consommation, dans un contexte industriel nouveau (fin du charbon et de la métallurgie). Les grands groupes agro-alimentaires deviennent les maîtres du boire et du manger. L'alcool est industrialisé grâce à des produits plus faciles à vendre comme la bière et le whisky, le vin a encore des problèmes de fabrication. Le vigneron traditionaliste reste sur le bord du chemin en attente de temps meilleurs, et les syndicats, habitués aux hauts et aux bas, font pareil !

2007, la fin d’un monde

"Oui ! Le vignoble du Languedoc et du Roussillon peut disparaître" ! alerte Larguier. Si nous ne nous adaptons pas à la vente avant de penser à la production, il ne nous restera qu'une de très réduite et locale. Et il est fort possible que cette fin arrive avec le modèle choisi des châteaux et terroirs. Pendant longtemps, tout le monde sait qu'on a fait plus de quantité que de qualité mais aujourd'hui la qualité est là, et notre vignoble est celui qui c'est amélioré le plus, malheureusement ça ne sert pas tellement. Une autre solution peut être de vendre des cépages et non des dénominations dans les marchés émergents qui connaissent des goûts mais pas de territoires. La sortie de l'engros grâce aux immenses rendements permettrait en même temps de réserver aux connaisseurs une partie de la production plus travaillée

Gilbert Larguier est professeur d'Histoire moderne à l'université de Perpignan et Geneviève Gavignaud est spécialiste du monde vigneron. "Le vin en Languedoc et en Roussillon. De la tradition aux mondialisations, XVI-XXIème siècle" a été édité par Llibres del Trabucaire en juillet 2007.



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