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Blogs > Jean-Bernard Bassach > Noël, de l’hostie aux dollars…


Samedi 23.12.2006. 00:00h

Noël, de l’hostie aux dollars…

Si Noël est le recyclage chrétien de croyances millénaires, le Père Noël en rajoute une couche post-religieuse. Le succès fulgurant de cet homme en rouge, connu en pays catalan depuis 40 ans à peine, provient-i
Noël, de l’hostie aux dollars… Noël, de l’hostie aux dollars…

Aujourd’hui, cela n’est plus évident pour tous : Noël, la fête de la nativité du christ, qui tire son nom du latin natalis, est la commémoration par les chrétiens de la naissance de Jésus de Nazareth. Car la célébration de fin d’année, annoncée sur les prospectus de supermarchés, s’érige depuis longtemps en manifestation laïque, voire située en dehors de toute considération spirituelle. Ainsi, en 2006-2007, le socialement correct invite une partie des enfants de la communauté musulmane de Perpignan à suivre, de près ou de loin, le manège habituel de la remise de cadeaux du 25 décembre. Mais, dans l’épisode premier, l’essor du christianisme s’est accompagné de l’assimilation des fêtes populaires et païennes : bien avant les célébrations chrétiennes, le solstice d'hiver, situé vers l’actuelle fin décembre, regroupait les croyances de fertilité, procréation et astronomie. Venu de Perse, ce culte de Mithra, répandu au IVe et IIIe siècles av. J.-C., se concluait par le sacrifice d'un taureau, le Soleil Invaincu, correspondant à la naissance du jeune dieu solaire. Ainsi, malgré la peur des jours qui raccourcissent, les Wisigoths adoraient la lumière et le soleil qui réchauffe le sol et les plantes... Aujourd’hui, plusieurs villages de Catalogne Nord présentent encore des vestiges de ces temples et fours solaires qui servaient aussi bien de lieux de cultes que de fours multi-usages. Et dans la région du Conflent, le village d’Eus, qui dispose des vestiges d’un ancien four solaire, traduit cette relation que les anciens avaient avec l’astre solaire : il est d’ailleurs le premier village du territoire français à recevoir le tout premier rayon de soleil. Mais dans tout ça, où est le Père Noël ? Comment, d’une célébration saisonnière ancestrale, est-on arrivé à célébrer un ogre rouge venu du monde de la marchandisation ?

Le père Noël, mascotte commerciale, mythique et spectaculaire

Pur produit de la mondialisation accélérée de la seconde partie du XXè siècle, l’homme en rouge descend du Nord, et accompagne cette série de journées qui commencent le 24 décembre, lors desquelles, dans la plupart des familles, les parents célèbrent leurs enfants, neveux, cousins et proches, en manifestant leur amour par des cadeaux, sans raison avérée. Le père Noël représente cette dérive mercantile de nos sociétés occidentales. Ce personnage complexe, à mi-chemin entre l’icône de Coca-Cola et l’ogre scandinave, a été cerné dès 1952 par l’ethnologue Claude Lévi-Strauss dans la revue Les Temps Modernes, où il signait un article intitulé "Le Père Noël supplicié", s’inspirant d’un fait divers où une effigie du père Noël est brûlée sur le parvis de la cathédrale de Dijon par des paroissiens alors que la gauche manifeste pour sa défense, le 23 décembre 1951…
Au fait, que dégage cet homme caché derrière sa barbe de pur coton hydrophile ? Il n’inspire guère l’idée d’abondance et de prodigalité : il est, nous dit Claude Lévi-Strauss, "le produit d’un phénomène de convergence et non un prototype ancien partout conservé". Sa prédilection pour les cheminées et pour les chaussures, résultent purement et simplement d’un déplacement récent de la fête de saint Nicolas. Un personnage réel est devenu un personnage mythique. Symbole de l’âge mûr, il traduit les dispositions bienveillantes envers la jeunesse. Aux adolescents ouvertement agressifs se substituent les parents se cachant sous une fausse barbe pour combler les enfants. Dès 1860, aux Etats-Unis, où l’avaient introduit les immigrants néerlandais et allemands lors de la guerre de Sécession, le caricaturiste Thomas Nast, créateur de la figure de l’Oncle Sam, lui taille un costume dans la bannière étoilée et choisit pour lui le blanc et le rouge, repris en 1931 par Coca-Cola, par cohérence de codes couleur, appelée aujourd’hui charte graphique dans les agences de com’… Il débarque en Europe après la Seconde Guerre mondiale, puis dans les dernières années d’abondance d’après-guerre, c'est-à-dire la décennie 1960, survient la grande mascarade commerciale des fêtes de noël, qui boute rapidement la fête des rois hors de la terre catalane de France. Dans cette mascarade, le père Noël fait figure de pantin articulé par le profit. Aurait-il vendu son âme au diable ? Devenu un symbole de la surconsommation à laquelle nous participons en masse, VRP et objet publicitaire pour les marques, le père noël, dénué de toute symbolique folklorique et populaire, serait-il voué à disparaître ?



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