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Blogs > Jean-Bernard Bassach > Le lobby bordelais, une excuse à la crise du Sud ?


Samedi 5.5.2007. 00:00h

Le lobby bordelais, une excuse à la crise du Sud ?

1er de France en surface, le vignoble du Languedoc-Roussillon reste vaguement présent sur les linéaires des supermarchés et dans le palais des décideurs. Mais par delà les lamentations, pourquoi ça coince ?
Vestiges de vigne à Perpignan, avril 2007 Vestiges de vigne à Perpignan, avril 2007

Le viticulteur exaspéré par les propos naïfs du vacancier après dégustation d’un bon cru "Vous avez fait de sacrés progrès, dans la région !" sait que l’histoire du vin en Catalogne remonte à loin. Déjà, en -700, les marins grecs y introduisaient la vigne, mais c’est aux Arabes que l’on doit, autour de l'an 1000, l'invention de l'alambic et de la distillation. Le produit obtenu, "al khôl" ("la chose subtile") précède le révolutionnaire médecin valencien Arnau de Vilanova : vers 1300, il crée le vin doux, à l’origine une recette médicale, seul point commun avec le Coca-Cola. Les siècles défilent, la révolte viticole de 1907 passe, le XXè siècle déroule ses crises.

Le Languedoc-Roussillon, victime de son obésité viticole ?

Première région viticole du monde malgré l’arrachage de 10.000 hectares en 2005, le Languedoc-Roussillon affiche 288.000 ha de production, dont 24.000 en zone catalane. C’est aussi la deuxième région d'AOC de France après le Bordelais qui dispose de 110.000 ha. Mais la hiérarchie implicite plaçant Bordeaux en tête des régions chouchoutées n’échappe à personne. L’existence d’un puissant lobby à son service est si évidente qu’elle en devient invisible : vu de Paris et de l’étranger, le vin français, c’est le Bordeaux. En Roussillon, Christophe, 34 ans, établi à Villemolaque, ajoute une louche d’attachement terrestre : "Pour les jeunes qui s'installent, la viticulture ne rapporte plus car les charges grimpent. On ne peut pas abandonner le patrimoine mais être salarié au smic serait plus confortable. Le tourisme, qui nous a fait vivre pendant 30 ans, nous fait crever, car il est plus facile de vendre 1 m² de terrain constructible qu'1 hecto de vin. Demain, nous regretterons ces milliers d'hectares de vigne disparus sous les champs résidentiels pour retraités nordiques. Et pourtant, nos vins font partie des meilleurs du monde !".

Après la fin du productivisme des années 1960, le vide...

La misère silencieuse de certains producteurs, parallèle à l’extraordinaire réussite de nouveaux domaines, est-elle simplement due à une vieille politique nationale ? La production française, qui avoisinait 30 millions d'hectolitres il y a 20 ans, a diminué d'un tiers, le productivisme est loin mais l’Etat n’affronte pas la concurrence des vins étrangers tandis que la panne européenne repousse l’harmonisation du coût du travail France/Espagne et des méthodes agricoles. Les seules vraies avancées les démarches bio et subventionnées, parfois ouvertes à l’export. Mais la question viticole française est insoluble de la politique ultralibérale et des modifications règlementaires hexagonales telles la disparition des syndicats d'appellation ou de vin de pays, remplacées par des Organismes de Gestion de la loi d'Orientation agricole. Les agréments des vins AOC et des vins de pays, qui deviennent AOP et IGP, sont confiés à des organismes parfois privés, type Véritas. Pourtant, le réel survit dans la jungle légale : on trouve encore, à des prix raisonnables, d’excellents vins de pays, jamais primés, mais supérieurs à des vins d'AOC médiocres.

Rien n’a changé depuis le roman "Le vin pur", sorti en 1945

Le système coopératif du Languedoc-Roussillon, qui occupe 60% de la production viticole, découle de l’énorme mobilisation viticole du début du XXème siècle, mais la crise actuelle est peut-être encore plus grave car le secteur est dispersé, la Région est impuissante et l’Europe s’apprête à faire arracher 400.000 ha dont un quart en France, sur 5 ans. Rien n’aurait donc changé depuis l’éloge de Ludovic Massé, auteur du roman « Le Vin Pur », sorti en 1945 ? Alors que les vignobles du Languedoc-Roussillon comblent leur marge de progression qualitative en hiérarchisant les appellations, que se mettent en place des circonscriptions géologiques et climatiques, n’est-il pas trop tard ? La viticulture semble devenir un obstacle pour les promoteurs… Il y a 100 ans, une bonne partie de la classe politique locale soutenait les viticulteurs, assez nombreux pour exister médiatiquement. Au XXIè siècle, l’avenir des jeunes vignerons semble être un salaire miteux en hôtellerie pour vendre des Côtes du Rhône ou du vin australien à des touristes incultes.



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