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Vendredi 26.5.2006. 00:00h

Renaissance musicale ou folklore touristique ?

A l’avant-veille de la présidentielle de 2007, la bataille est féroce entre les décideurs politiques. Leur seule arme ? La « Culture ». Verrons-nous naître un jour un vrai réseau de salles de spectacles
Renaissance musicale ou folklore touristique ? Renaissance musicale ou folklore touristique ?

À Perpignan, il a fallu attendre 1996 pour entrer dans une salle de spectacles digne : le Médiator, né de la volonté du maire Jean-Paul Alduy. La visibilité de la scène musicale locale s’est également accrue par l’ouverture d’un autre espace de création et expression artistique, La Casa Musicale. Affinités politiques à part, ces structures sont un fait. Avant cet an zéro des P.O. il fallait rejoindre les villes de Montpellier, Toulouse, Girona ou Barcelone pour connaître la sensation juvénile de l’effervescence musicale. On aurait pu se réjouir de l’émergence d’un lieu indépendant propice aux expériences, dans le droit fil de la politique culturelle entamée par Jack Lang dans la décennie précédente. Mais les prérogatives d’un maire, aussi étendue que soit l’agglomération qu’il dirige, s’arrêtent là où s’impose le territoire du Département. Hormis la salle indépendante El Castell Embruixat, à Saint Hyppolite, là commence un no man’s land, clairsemé de night clubs balnéaires, bunkers avec vigiles privés, fouilles au corps et discriminations au faciès. Depuis la fin du XIXè siècle, il existait bien les salles des fêtes villageoises, mais les normes européennes, le manque de moyens pour les rénover et le déclin de l’initiative spontanée les ont rendues obsolètes. Pour contenter les notables locaux et faire bonne figure face à la concurrence des maisons closes installées juste de l’autre côté d’une frontière psychologique, un chapelet de Casinos pour RMIstes en mal de sensations.
A la fin du XXème siècle, les débordements occasionnés lors des raves party, fréquentes dans un territoire aux recoins géographiques propices, ont cessé d’être alternatives dès que leur aspect sauvage et jovial c’est mué en lieu de consommation illicite, avec gyrophares bleus et interpellations. Le risque de bousculades mettant en danger des participants attirés par le bouche à oreille s’est avéré lié au manque d’espaces scéniques officiels.
En 2002-2003, les réunions d’informations « Horizon 2010 » organisées par le Conseil Général catalan ont effleuré un projet de salle Zénith, figurant parmi les vœux des participants. Et si, non contents de ne disposer que d’une seule salle de capacité modeste pour tout le département (le Médiator, 460 places), on nous offrait le loisir de voir Johnny Hallyday, Lorie ou Cali en famille ? Pire, alors que la Ville de Perpignan rassemble la plupart des spectateurs du pays dans les deux lieux cités, le Général des Pyrénées-Orientales se retranche sur les hauteurs de la ville, dans un Palais des Rois de Majorque réservé aux spectacles de prestige et au vedettariat international.

S’adapter à la mode de Paris ou moisir au pays

Les structures locales existent, à l’instar du Médiator, mais ce lieu culturel n’a pas révolutionné l’esprit de réussite « à la papa » : adopter l’accent et les attitudes parisiennes se révèle le seul encouragement local. Toute une génération de jeunes artistes vit l’éternel dilemme : quitter le département pour une reconnaissance professionnelle ou vivre reclus au pays en servant de symbole folklorique au service des potentats. A moins de jouer gratuitement en première partie d’événements élitistes tels Les Méditerranéennes d’Argelès, pour le producteur de spectacles Azimut prod, qui dispose d’une centaine de bénévoles ravis de travailler gratuitement en échange d’une place de concert gracieusement offerte par une société subventionnée par le Département, la Région Languedoc-Roussillon et l’Europe. Dans quel but ? Développer l’authenticité méditerranéenne avec Jean-Louis Aubert et Bénabar. Une chance pour des acculturés incultes comme nous.
En fait, les spectateurs et les artistes ne réclament pas des Zéniths mais bien l’entrée des salles publiques réticentes à la création artistique locale. Seule la réappropriation légitime d’espaces publics permettra un rééquilibrage entre une offre dérisoire et une demande citoyenne croissante. Ainsi s’arrêtera la fuite des artistes, dans une politique de transmission pédagogique et mémorielle de notre richesse musicale et populaire. N’ayant pas la chance d’être dotés - comme en Bretagne ou en Catalogne sud - de mécènes du développement culturel, nous sommes entourés de spécialistes venus exclusivement des quatre coins de l’hexagone pour nous éclairer de leurs méthodes sans failles. Mais sans initiatives privées, il n’y a pas de remède miracle. Les institutions ne peuvent que s’aliéner publics et artistes, car l’Etat a une fâcheuse tendance à sacraliser tout ce qu’il reconnaît comme sien. Il est difficile pour un musicien d’évoluer dans un pays où les musiques populaires ont été éradiquées par la Révolution Française. S’il doit, en supplément, se conformer aux canons de la bonne création décrétée par les préfets de l’Art, alors l’exil vers les vitrines européennes du tourisme global est sa seule alternative pour préserver sa dignité et vivre de ses créations. A moins que la « Culture » ne soit plus réservée qu’à des retraités en villégiature.



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