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Blogs > Jean-Bernard Bassach > L’irrédentisme identitaire ou le blues de la globalisation nationale


Vendredi 13.11.2009. 21:00h

L’irrédentisme identitaire ou le blues de la globalisation nationale

Surréalisme identitaire, nationalisme fourre-tout et autres calculs électoraux populistes dans une Europe vieillissante.
Vers la globalisation nationale? Vers la globalisation nationale?

Tandis que le gouvernement français de Nicolas Sarkozy lance en France un débat national sur « l’identité », en Catalogne autonome, depuis les élections de 2006, la question de l’immigration constitue l'une des principales préoccupations des citoyens et des décideurs politiques. Bien que le discours ringard et mesquin de « nation homogène» perdure, l’idée d’une appartenance commune est vieille comme le monde. Depuis la Grèce antique, qui inventa le barbare pour désigner l’étranger, diverses conceptions de « l’identité nationale » s’entrecroisent. Les nations sont des communautés imaginées, construites ou inventées, plutôt que transmises. Au cours des siècles, elles sont apparues sous la forme de communautés de taille réduite, et ont mené, pour certaines, une large politique d’expansion.

Exclusion, assimilation ou partage ?

Longtemps, dans l’histoire, l’exclusion fut la règle. Trop d’Etats ont encore recours à des critères ethniques pour l’obtention de la citoyenneté. L’assimilation ensuite, qui oblige les minorités nationales à accepter les symboles nationaux de la nationalité majoritaire. Le cadre idéal reste la citoyenneté partagée, où tous participent à la vie publique et s’identifient aux valeurs communes de la nation. La plupart des nationalismes dits «civiques» occidentaux ne sont bien sûr pas conformes à ce mode de «citoyenneté idéale». La vision nationaliste civique de la communauté politique offre une autre inspiration. C’est le cas dans les pays aux multiples communautés culturelles et linguistiques comme le Canada, dont les vagues successives de migrants, et plusieurs fondations constitutionnelles, favorisent l’illusion que leur association mutuelle est basée uniquement sur des principes choisis.

Crispation identitaire en Europe

La frontière entre nationalisme ethnique et nationalisme civique semble relativement perméable, tant l'histoire et la situation particulière d'un pays influent sur le type d'appartenance nationale pratiqué. Au sein du territoire de la Catalogne du Sud, sous administration du Gouvernement de la Generalitat de Catalunya, ce n’est que lors des dix dernières années que l’arrivée de nouveaux migrants a fourni un débat qui a réellement pris de l’ampleur. Bien que le débat soit plus ancien en France, les discours gouvernementaux de ces dernières semaines sur la citoyenneté et les valeurs ancestrales supposées, alors même que la République Française dispose d’une indépendance évidente, c'est-à-dire d’une haute capacité de maîtrise de son propre destin, sont symptomatiques d'une ambiance générale assez banale en Europe : en Italie, la politique identitaire de Silvio Berlusconi est instrumentalisée à l'extrême tandis qu'en Angleterre, pour la première fois, le leader de l'extrême droite britannique vient de participer à un débat à la télévision d'Etat, alors même que plusieurs membres du gouvernement allemand ont signé ces derniers temps quelques dérapages verbaux au sujet de la communauté turque, principale composante de l’immigration dans le pays. Bref, ces vieilles habitudes xénophobes rappellent que sur l'ensemble du vieux continent, les valeurs identitaires, dans leur penchant exploité par une certaine extrême droite, représentent 20% de l'électorat.

Acclimatation Vs assimilation nationale

L’intérêt, récent et soudain en France, envers l'identité nationale, se nourrit des difficultés générales, dont la crise, avec banalisation d'un discours national populiste au sein des sphères d’élite, politiques et intellectuelles européennes, qui peut nuire aux libertés individuelles. Mais le vrai paradoxe de nos sociétés est le vieillissement de leurs populations qui demanderait, ne serait-ce que dans le simple intérêt des économiques associées, une véritable politique d'accueil de migrants, à grande échelle. La définition rationnelle de l’identité, c'est-à-dire son nouveau codage au sein de la République Française, constituerait alors une garantie de meilleure « naturalisation » des nouveaux venus. Implicitement, l’entreprise actuelle de définition de l’identité nationale reviendrait à constater que l’acclimatation des nouveaux migrants en France s’éloigne désormais de l’ancienne assimilation, qui exigeait l’abandon total des signes identitaires originels, au profit de la synthèse républicaine, dans laquelle ils n’entraient pas. S’en suivrait alors un débat sur les différences intérieures au sein d’un même Etat, débat inimaginable en France.



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