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Blogs > Jean-Bernard Bassach > Crise des crises : tentation d’un remake marxiste ?


Vendredi 23.1.2009. 21:00h

Crise des crises : tentation d’un remake marxiste ?

Crise des valeurs, crise du système capitaliste, crise écologique, ou bouleversement profond de l'homme dans son rapport à la société ?
"Karl Marx is back" (USA, 2001)

L’année 2008 sonne-t-elle le glas d'un déclin du capitalisme occidental si prévisible ? Entre 1917 et 1989, la plupart des gouvernements des pays développés - de l'Est comme de l'Ouest - ont instaurés des politiques sociales prenant en compte une éducation, un système de santé et une retraite descente pour tous. La fin de la Guerre Froide et les faux-semblants d'une soi-disant victoire capitaliste ont permis aux escrocs de la finance d'ignorer les conséquences des crises des années 1929 et 1973. Cette amnésie d'un passé pourtant récent oblige les politiques à revoir leurs copies, et, paradoxe, la crise mondiale est salvatrice pour la planète et son écosystème. Sans elle, la fuite en avant aurait continué.

Nouvelle donne géopolitique

L'année 2008 marque la fin de la domination occidentale sur le Monde : depuis 150 ans, Wall Street et la City ont accompagné les bouleversements de l'économie mondiale. L'heure est désormais au sauve-qui-peut. Nord- Américains et Britanniques ont fini par nationaliser plusieurs établissements financiers pour empêcher l'effondrement de l'ensemble du système. L’aire Thatcher-Reagan est bien dernière nous et l’omniprésident français n’y pourra pas grand chose. La nouvelle donne géopolitique et le basculement des relations internationales vers un monde multipolaire ont des causes profondes, que se soit la prise en charge des créances US par la Chine ou les conditions climatiques extrêmes et leurs conséquences directes sur les économies nationales. Les prévisions sur la montée des eaux par exemple : selon certaines estimations, 150 millions de réfugiés écologiques d'ici 2050. Un phénomène qui, de façon moins extrême mais tout aussi réel, va toucher directement les côtes catalanes.

Au fondement des rapports sociaux

Les hommes ne font pas leur histoire, c'est leur histoire qui les fait. La crise financière illustre de terrifiante façon cette aliénation tout comme le font la crise écologique et la crise anthropologique, celle des vies humaines : personne n'à voulu ces crises, mais tout le monde les subit. Sous le naufrage historique de la finance mondiale il y a la rengaine libérale sur l’homme. A contrario, certains travaux de Marx peuvent paraître d’actualité : "L'essence humaine n'est pas une abstraction inhérente à l'individu pris à part. Dans sa réalité, c'est l'ensemble des rapports sociaux." A l'opposé du discours néo-libéral sur l’individualisme, « l'homme » historiquement développé, c'est le monde de l'homme ! En 2008, dans la foulée de la vague de protestation étudiante en Italie et juste avant le recul du ministre français de l’Education Xavier Darcos, les émeutes en Grèce ont révélé le malaise : la jeunesse européenne prend conscience du hold-up dont elle est victime : les générations post-1990 sont les premières depuis la Seconde Guerre Mondiale à ne pas espérer vivre mieux que leurs parents. Car voici la phase finale de la crise mondiale, illustrée par le documentaire de Pierre Carles Volem rien foutre al païs réalisé en 2007 avec le Catalan Christophe Coello, ou le film de l’anarchiste Lucio, de 2008, qui explorent les pratiques contemporaines d’hommes et de femmes décomplexés des expériences soixante-huitardes avortées, qui n’ont pas attendu la dernière crise cyclique d’un système aux abois. De tout temps et à toutes les époques, c’est à partir d’une minorité agissante, comme la bourgeoisie catalane et vénitienne de la Renaissance, que des pratiques sociales se sont ensuite généralisées. A ce sujet, re-lisons l'infréquentable Pierre-Joseph Proudhon : « combien de temps allons-nous encore reculer l'échéance d'une rupture de classe, radicale et pacifique, exigeant l'organisation de la société en fonction d'une division du travail mutualiste, d'une moindre différence des salaires, recherchant la justice et préférant la représentation socioprofessionnelle au suffrage universel qui dégénère en césarisme (…), prêchant un fédéralisme radicalement décentralisateur et non point libre-échangiste ? ».



Commentaires

#1. JMS : 01.2.2009. 17.39h

Très bon article car synthèse des analyses sociaux économiques et de l'influence du climat sur mouvements de population prévisible.De plus quelques petits rappels historiques qui permettent un certain recul sur l'actualité immédiate et donc une interprétation plus en profondeur.


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