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Blogs > Ingrid Obiol > Dette publique : existe-t-il un savoir-faire espagnol ?


Samedi 6.10.2007. 00:00h

Dette publique : existe-t-il un savoir-faire espagnol ?

De 1997 à 2007 la dette publique espagnole a été réduite de moitié. En 2008, sous gouvernement socialiste, elle atteindra 34% du PIB, niveau le plus bas des vingt dernières années. L’Espagne serait-el
Dette publique : existe-t-il un savoir-faire espagnol ? Dette publique : existe-t-il un savoir-faire espagnol ?

Quand le président du gouvernement espagnol, l'ultraconservateur José Maria Aznar (1996-2004) arrive au pouvoir, la stagnation économique du royaume est désespérante. Elle l'est aussi pour son "golden Boy" et bras droit, le vice-président et ministre des finances, Rodrigo Rato, qui deviendra ensuite directeur du FMI. Immédiatement ils déploient un programme ultralibéral, refusent tout interventionnisme étatique dans l'économie et défendent à corps et à cris le libre marché pour arriver à l'équilibre et à la croissance économique. "L’Espagne va bien", disaient-ils en scandant leur leitmotiv "zéro déficit !" comme un cri de guerre. De fait, ils réussissent à équilibrer les budgets. Si en 1997 la dette publique espagnole représentait 66,6% du PIB, cinq ans après elle avait été réduite à 53,8%. Rodríguez Zapatero, chef du gouvernement espagnol depuis 2004, est socialiste. Pedro Solbes, vice-président et ministre des finances, l'est aussi. Si leur politique sociale et sociétale sont aux antipodes des précédentes, leur politique économique n'en diffère guère, car, en Espagne, quel que soit le gouvernant, au-delà du clivage droite-gauche, tout le monde suit les normes de l'économie de marché. Cette année, en 2007, la dette publique espagnole se situe à 37% du PIB.

Et la Catalogne dans tout ça ?

En Catalogne, la plupart des services relevant de la compétence de l’état espagnol sont mal gérés ou manquent cruellement d’investissement. Les exemples les plus médiatiques sont la gestion et le fonctionnement incompétent de l'aéroport de El Prat, les services tiers-mondistes qu’offrent les trains de banlieue, la panne électrique de Barcelone l’été dernier, la construction de la ligne TGV. Mais malgré la volonté délibérée de Madrid de freiner la croissance de Barcelone, véritable turbo de l’économie espagnole, la Catalogne a fait et continuera à faire des progrès, tant au plan social qu’économique. Surtout, dans tous les milieux l’envie d’avenir est très fort, contrairement à la France et c’est peut être ça le pire.

La "Grandeur" française

Quand depuis Barcelone je pense à la France, j'ai l'image de cette famille bourgeoise appauvrie qui n'a pas d'argent pour payer les factures en fin de mois. D'où sortira-t-elle l'argent pour payer les dettes? Les experts disent à juste titre qu'un certain déficit est nécessaire pour résoudre les situations d'injustice sociale et pour faire des investissements d'équipement. Ils disent aussi que le recours à la dépense n'est pas la garantie d’avenir. Je crains hélas que la France n’ait pas utilisé cette dette pour construire l’avenir. Résultat : une France encore arrogante, bien qu'en pleine crise d'estime collective, avec l'orgueil blessé de ceux qui, petit à petit, ont perdu leur grandeur sur le chemin. En définitive, un pays avec une économie stagnante, un blues chronique de sa population et qui par le truchement de son premier ministre semble nous dire : "assez, car voilà où nous en sommes !".

Normalement toutes les dettes se payent, non?

S'endetter semble avoir été la seule manière que les gouvernements français ont trouvée pour entreprendre des projets en regardant le passé. Qu’ont fait les politiciens en charge de la direction du pays ? François Fillon affirme que pendant longtemps on a caché la vérité. Les Français sont-ils si naïfs ? Je les imagine par centaines de milliers descendant dans la rue pour réclamer des comptes à leur classe politique, à leurs hauts fonctionnaires. C’est ce que nous ferions en Catalogne. Mais curieusement je ne crois pas que cela arrive. Vue de Barcelone, la société française qu’on croyait bien connaître semble soudain comme une étrangère : une énorme désillusion.



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