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Blogs > Hervé Bonafos > Nouvelle Révolution Française : l’échelon local


Vendredi 17.3.2006. 00:00h

Nouvelle Révolution Française : l’échelon local

Justice sociale, cohésion et citoyenneté sont des enjeux majeurs, spécialement en France où les crises politiques et sociales récentes débordent l’Etat national centralisé, dans une mondialisation cro
Nouvelle Révolution Française : l’échelon local Nouvelle Révolution Française : l’échelon local

Aujourd’hui, la plupart des Etats d’Europe, parmi lesquels les plus vastes et peuplés, comme l’Allemagne des länder, le Royaume Uni avec ses récentes devolutions, l’Italie et l’Espagne avec leurs régions et autonomies, adoptent des structures fédérales ou largement décentralisées. La France, avec la décentralisation de 1982 résidant principalement sur une simple annonce, fait presque figure d’exception. Là, l’évolution vers un modèle régionalisé est souvent stigmatisé. Celui-ci manque de prestige, est perçu comme une menace : il favoriserait le clientélisme et le retour des féodalités de l’ancien régime. Cette vision négative et fantasmée trouve ses sources dans la tradition politique du pays : la Révolution Française a engendré un Etat fort, centralisé, et une idéologie dominante jacobine que la classe politique embrasse très majoritairement. En conséquence, ce lourd héritage a une incidence capitale dans les débats sociétaux, en particulier à gauche ; l’Etat « central » incarne la devise républicaine dans toute sa splendeur : Liberté, Egalité, Fraternité. Symbolisant toutes les luttes pour la justice sociale, il en est le paradigme et la garantie suprême. La décentralisation est donc, au mieux, considérée comme une nécessité de plus grande efficacité budgétaire. Dans tous les cas, le contraire de « centraliser » se heurte à un frein idéologique.

Cet Etat idéalisé, modèle pertinent dans un contexte politique et économique protectionniste, du temps ou l’hexagone se suffisait, est aujourd’hui en proie à une crise majeure, sans pour autant s’avouer caduque, au passage dans une nouvelle ère de globalisation et de construction européenne. Les adversaires de cette vision ont mis en selle voilà peu le concept de « déclinologues », qui désigne, dans une habile stratégie de marginalisation des perceptions nouvelles, les intellectuels, souvent de droite, qui émettent des critiques envers le « modèle national français », relancé par Dominique de Villepin en 2005 et défendu par l’immense majorité des décideurs politiques. Ce modèle « républicain », profondément inégalitaire et bureaucratique, dans un contexte de dépolitisation populaire, de flambant déficit de la cohésion sociale, de péril populiste et de montées des extrêmes, peut-il continuer à déléguer exclusivement les responsabilités politiques à des élites politiques à l’instar de l’E.N.A. (Ecole Nationale d’Administration) ? Peut-il encore longtemps éviter de se remettre en cause ?

L’échelon local restitue une démocratie de proximité moderne

Si la réponse à ces questions semble évidente, le remède ne l’est pas pour tous. Pourtant, comment concevoir une implication des citoyennes et des citoyens à un niveau national, voire européen, si ceux-ci n’exercent pas leur responsabilité individuelle à l’échelon local ? Cette dimension locale revêt une importance fondamentale : elle est la base et le point d’appui le plus pertinent pour la démocratie, le point d’ancrage pour une appréhension globale des problèmes sociaux. En effet, c’est là que sont traitées les questions afférentes à la plupart des aspects quotidiens de nos vies : urbanisme, cadre de vie, culture, coexistence de populations diverses. Solidarité et partage prennent un sens dans des réalisations concrètes et exemplaires.
Pour éviter les anachronismes, le discours politique d’essence sociale doit logiquement se résoudre à se libérer des contraintes idéologiques découlant de conceptions désormais archaïques. Ne pas prendre en compte la démocratie de proximité dans sa dimension réelle et globale, c’est se priver d’un projet de société alternatif. D’ailleurs, l’intellectuel italien Toni Negri, « un uomo de la sinistra rivoluzionaria » (« un homme de la Gauche Révolutionnaire »), comme il se plaît à se définir, dénonce la gauche traditionnelle, dont le PS français, incapable, selon lui, de comprendre « l’esprit qui vient du mouvement ». La nouvelle révolution française naîtra-t-elle de l’échelon local ? Hervé Bonafos | 17.03.06 [Donnez votre avis]



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