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Blogs > Hervé Bonafos > Du béton en Roussillon : pour l’emploi, contre l’environnement


Vendredi 14.11.2008. 21:00h

Du béton en Roussillon : pour l’emploi, contre l’environnement

Le Pays Catalan défend son environnement et ses emplois. Mais le béton, créateur d’emplois, engloutit l’environnement. Dans ce contexte, le « Schéma de Cohérence Territoriale » fait-il le deuil de la terre au profit des épouvantables lotissements ?
Chantier au "Mégacastillet" - Perpignan, juin 2008 Chantier au "Mégacastillet" - Perpignan, juin 2008

Il y avait des vignes, des vergers, des friches, de petits villages qui élançaient quelques quartiers nouveaux. Les habitants adoraient leur petit pays, ses trésors et toutes ses facettes imprégnées de beauté sauvage, avec le Canigou à l’Ouest, qui renforçait la quiétude et l’éternité. Mais en 2025, on quittera sa ville-banlieue située à 20 kilomètres de Perpignan, on roulera vers le centre-ville, après la cohue permanente autour des dizaines de ronds-points et à la sortie de la « voie rapide » devenue lente, bouchonnée bien avant et après les vieilles heures de pointe. D’Ille-sur-Têt à Perpignan, en continu, les lampadaires urbains accrocheront le regard, devant une barrière de « villages » collés. Quelques arbres, vestiges du passé agricole, rompront le paysage et cacheront mal le méga parc à retraités « Seniors paradise ». Au retour, on flânera au nouveau centre commercial, le plus grand et moderne de tout le Roussillon, dont les attractions en tout genre attireront les ados le week-end. Ce sera too much ! Des jeunes ? Ils seront si rares ! Et les rues des nombreux lotissements désespérément vides ! Seuls des papys et mamies y promèneront leurs chiens vers d’horribles canisettes. Car en 2025, la Catalogne du Nord aura 550.000 habitants, dont 400 000 autour de Perpignan. L’oncle Jacques se souviendra : « Vers 1980, les choses ont commencé à changer, on a construit sur les vignes ! Le mouvement s’est amplifié en 2000 et les élus y ont trouvé leur compte : plus la peine de se casser la tête à créer des emplois. Pouvait-on faire autrement ? ».

2025, une fatalité ou un choix d’aujourd’hui

En 2009, les responsables politiques du Roussillon peuvent choisir la physionomie du pays de 2025, car, alors que l’INSEE prévoit la grande poussée démographique, un syndicat mixte intercommunal établi sur la Plaine du Roussillon élabore un « Schéma de Cohérence Territoriale » qui s’imposera à toutes les communes concernées. Ce SCOT, nouvel instrument potentiellement très efficace, décidera des grands choix de l’avenir, en dehors du virtuel statistique, en optant pour urbaniser, ou limiter quasiment l’offre à de la location à l’intention des jeunes. Un tel choix des communes nécessiterait un grand courage politique car il remettrait en cause l’économie de la rente, jugulerait un secteur du bâtiment démesuré et rendrait impérieuses des activités de production et de création de richesses. La volonté de maîtrise du foncier serait alors totale. Il y aurait peu d’offre et beaucoup de demande, plus de locataires que de propriétaires. Ce sacrifice serait le prix à payer pour un environnement et une image préservée. Mais l’audace n’est pas là et le consensus mou de la continuité s’imposera comme une évidence, car le béton tient lieu de développement économique : on doit pourrir le paysage pour sauver l’emploi.

Continuer le tout béton, dans le développement durable

Une telle solution permettrait au Pays Catalan de s’acquitter de sa mission nationale de réception des Nouveaux Catalans, séniors du Nord pour la plupart, et, pour le reste, essentiellement des jeunes sans diplômes et sans travail. Le territoire subira parallèlement l’hémorragie de ses universitaires les plus diplômés, faute de sérieux pouvoirs de décision économique et politique à Perpignan. Mais le SCOT pourra établir un modèle de développement moins gourmand en espace et plus respectueux de l’environnement. L’enjeu est de taille, car le SCOT peut devenir un instrument efficace de maîtrise de l’espace, par-dessus les égoïsmes de clochers. Il imposerait ainsi la part de logements collectifs nécessaire à chaque commune, favorisant les constructions verticales, limitant la taille des parcelles, préservant une agriculture future et repensant les déplacements par les transports en commun. Mais à l’inverse, le SCOT peut être un simple frein timoré à la détérioration de la qualité de vie dans l’aire perpignanaise, accompagnant l’orientation stratégique, pensée ailleurs, de la papyculture, de la grande distribution et du tourisme de masse.



Commentaires

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#3. DD 29.11.2008. 09.42h

pleurer sur le passé c'est si facile .Perpignan comme toutes les villes s'est agrandie..C'est le progres qu'on le veuille ou non ;certains voudraient garder pour eux leur petit paradis mais tout en profitant de ce que la France peut apporter .Je suis un nouveau catalan du nord qui est venu pour travailler;j'ai cree mon propre emploi et ca marche .ici c'est soit disant le centre du monde et je crois surtout le bout du monde ;il faut arreter de se croire plus fort ;j'ai souvent l'impression que ... Lire tout le commentaire


#2. roger 15.11.2008. 19.36h

Une des causes principales de la disparition du peuple aztèque est qu'à force de construire des temples surdimensionnés il reduit à peau de chagrin les surfaces cultivables déja reduites vu le relief ( montagneux ). Puissent nos lotissements et nos surfaces betonnées ne pas etre nos temples aztèques. 


#1. ciceron 15.11.2008. 14.31h

Sauver l'emploi ?..quelle hypocrisie....tout le monde s'en branle de sauver l'emploi,y compris ceux qui ont des gosses...au contraire...tous les requins voraces,cette caste de banquiers,rentiers qui ramassent le pognon à la pelle, sont à l'afût pour organiser l'imobilier, pas du tout pour créer des emplois mais pour s'en foutre plein les poches...grace aux faibles salaires, à l'intérim, aux boulots précaires, aux délocalisations, au travail noir...la défunte république leur laisse le c... Lire tout le commentaire


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