'ai beau la connaître intimement depuis bientôt 17 ans, elle m'épate. Non, l'Inéducation nationale me fascine franchement !
La rentrée 2006 mérite un retour sur la sortie. Rappelez-vous : l'inénarrable ministre UDF-traître dont tout le monde oublie le nom avait géré plutôt catastrophiquement la jubilatoire crise du CPE, faisant même appel aux forces de l'ordre qui, intelligemment, ne l'ont guère entendu. La nébuleuse administrative et enseignante avait, comme d'habitude, négocié du bout des lèvres avec nos lycéens car les profs et les gestionnaires n'aiment idéologiquement et viscéralement pas que les élèves fassent grève... et Youpi ! les élèves ont gagné contre tous les vieux birbes de l'Hexagone. Tous les donneurs de leçon économique, philosophique, éthique, politique, syndicaliste ("Les élèves n¹ont pas le droit de faire grève !" a asséné devant moi un surveillant général en colère, dont le titre exact est CPE - Conseiller Principal d'Education, mais je préfère l'ancienne appellation qui sonne plus juste) ont assisté, ébahis, contre toute attente, malgré tous les pronostics, au triomphe de la jeunesse... Car oui, c'était beau de voir ces jeunes triompher, au printemps 2006 !
Alors, bien sûr, suite à ce joyeux chaos, on attendait les résultats du Bac avec impatience.
Une amie m'avait prévenu : "Cette année, en français, nous avons pour consigne, selon les coordinateurs de matière qui ont reçu la sainte parole de l'Inspection Régionale, de ne pas mettre de notes humiliantes, c'est à dire des notes comprises entre 0 et 6... En outre, l'Inspection Régionale a ajouté élégamment que tous les profs qui ne respecteraient pas ces consignes seraient inspectés à la rentrée !". Hilarant ! Imaginez l'acteur Robert Dhéry, référence de l'après-guerre, dans le rôle du prof qui ne devait pas mettre de note minable mais qui a osé humilier un élève avec un 6. Imaginez l'acteur Paul Préboist dans le rôle du coordinateur qui avait pourtant bien rapporté les instructions mais qui va se faire taper sur les doigts, ou Michel Galabru et Louis de Funès dans le rôle des Inspecteurs Régionaux qui vont inspecter Robert Dhéry pour lui apprendre à obéir...
Le Bac cuvée 2006 ressemble fortement à un cadeau Bonux
En juillet, le verdict français est tombé (sources : Libération du 13 juillet 2006) : 82 % de reçus, record de 1968 battu ! Avec une pointe notable pour la série scientifique S dotée d'un joli 89,1 % car, entre autres, pour la première fois cette année, le QCM de maths (questionnaire à choix multiple) introduit en 2004 ne pouvait pas faire perdre de points pour des réponses fausses... Que s'est-il donc passé ? Les profs bourrelés de remords pour n'avoir été solidaires que 3 jours sur 30 avec leurs élèves en grève, ont-ils surnoté ? Les lycéens ont-ils été transcendés et grisés par leur victoire sur le CPE, jusqu'à dévorer les épreuves du bac tels des Armstrong avalant les côtés pyrénéennes ? Le Bac est-il un examen de plus en plus bidon ? Que nenni !
Le grand chef du grand cirque de l'Inéducation Nationale a livré son analyse : l'inénarrable ministre UDF en question, dont tout le monde oublie vraiment le nom, a proclamé que c'était une année remarquable, un grand cru comme la vigne, le soleil et le vin, et a lourdement sous-entendu que sa modeste personne y était pour beaucoup. Une proclamation napoléonienne qui rappelait les lendemains glorieux d'Austerlitz ou de Wagram...
Le réalisateur Michel Audiard disait : "Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît". Il y a un peu de ce mystère fascinant avec l'Inéducation Nationale et ses ministres, comme une marque de fabrique immuable qui transcende les clivages politiques...
El la place de la France dans l'Université universelle ? Deux indicateurs fixent bien l'état des lieux, avec d'abord un flop : le classement de Shanghaï 2006, concernant les 100 meilleures universités mondiales. La première université française est Paris-VI Pierre-et-Marie Curie (c'est normal, j'y suis passé !) et elle pointe en 45ème position. Elle est suivie par Paris-XI (Orsay) en 64ème place, puis Strasbourg-I (96ème) et l'Ecole Normale Supérieure de Paris (99ème). Soit 4 universités françaises qui se trouvent dans les cent premières, score identique au Canada et à la Suède. En outre, les Allemands placent 5 établissements, les Japonais 6 et les Anglais 11... le reste du classement est capté par les Américains.
Comme une rentrée doit s’effectuer dans la joie et la bonne humeur, voici une heureuse nouvelle : Madame Nobel ayant couché avec un mathématicien, il n'existe pas de prix Nobel de Maths. En compensation, furent créées en 1936, les médailles Fields. En août 2006, le congrès de Madrid a récompensé 2 Russes, 1 Australien et... 1 Français, Wendelin Werner, qui sauve (provisoirement) l’honneur du système éducatif hexagonal. L'histoire de l'arbre qui cache la forêt, finalement... François Biribi | 01.09.06 [Donnez votre avis]