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Samedi 19.5.2007. 00:00h

Vide-greniers, entre la dèche et le passé

Le passé, simple, est à la source des déballages du dimanche sur la place publique… Mais la tendance est là : la société est mise à nu lorsque les meubles d’antiquités côtoient les
Sorède, Roussillon, mai 2007 Sorède, Roussillon, mai 2007

En fait, c’est un marché, alors on marche, on s’arrête, on se baisse et on se relève avec un objet dans la main : un DVD, une lampe ou un dessin. "Combien ?". On marchande, puisque c’est un marché. C’est vieux comme le monde et pourtant nouveau dans un Pays Catalan comme sous influence de la grande braderie de Lille… C’est un vide-grenier, avec ces objets passant de mains en mains, ces histoires qui s’achètent et se vendent, mais d’abord un embouteillage monstre avant de se garer. Un village devenu piétonnier pour la journée, envahi par des chercheurs. Comme la messe, c’est souvent le dimanche que ces regroupements ont lieu entre les gens et les choses. Une communion dans le passé. C’est une nostalgie qu’on vient chercher auprès de vendeurs qui ressemblent le plus souvent à ce qu’ils vendent… Mais pas toujours.

Du prêt-à-porter humanitaire au déballage naïf

Un vide-grenier, d’abord, ce sont les marchands du temple : les antiquaires. Ils n’ont pas de grenier mais une boutique. Leur étal est facile à repérer : des vieilleries en ordre parfait. Pas de joyeux bordel dans lesquels on s’amuse à fouiller. Tout est aligné et le cuivre brille, comme paradoxalement neuf. Leur vide-greniers perso commence à la lampe électrique avant l’arrivée des badauds. Ils pillent à bas prix les souvenirs du village, une roue de charrette, un harnais, un vieux meuble au fond d’un garage. Puis, ils vendent cher à l’étalage. Mais leurs rares clients sont riches et sérieux. Ensuite, il y a les collectionneurs, plus nombreux : autos miniatures, cartes postales et pièces de monnaies. Ils ont d’autres clients, les passionnés, fétichistes remplissant, eux, vraiment leurs greniers, jusqu’à ce que le revende l’héritier. Les bouquinistes avec un vieille édition illustrée de Don Quichotte ou un 33 tours des Rolling Stones. Viennent les fripiers dont les chemises incroyables et les manteaux démodés habillent les pauvres. Pire, les chaussures usées, déjà portées. Les naïfs, qui croient encore en l’esprit originel de l’intitulé, sont les gens du village qui ont vidé leur grenier pour l’étaler, presque obscène, devant leur porte. Ils déballent leur vie dans la rue, sans savoir la valeur de ce qu’ils proposent.

La régression à la portée de tous

Souvent on y va sans savoir ce qu’on va ramener, c’est la tête vide qu’on va au vide-greniers pour rêver de choses inutiles, retrouver une histoire commune, un hier partagé. "C’est la même boîte à musique que celle de mémé, elle joue Moulin des Amours". Là, tout s’arrête, le temps bien sûr, mais aussi les souvenirs qui ont soudain un goût d’éternité. Non, rien ne meurt, on fait encore commerce du vieux tricycle dont un jour quelqu’un a dû tomber et toi, tu avais le même. Alors tu le refais tien. C’est ça aussi un vide-greniers : une enfance retrouvée, c’est pour ça qu’on y sourit beaucoup. Et puis, il y a les habitués qui de dimanche en dimanche font leur marché de rêves. On se reconnaît et on se montre ce qu’on a trouvé, un livre rare ou un porte-clés.

Le présent et l’avenir à la poubelle !

Le vide-greniers a un écrin : le village. Des vieilles pierres découvertes dans des rues où on n’aurait jamais mis les pieds, des murs qui racontent des histoires oubliées dans des impasses au lourd passé. C’est la vie du pays avec ses objets à ses pieds, dans une chanson d’autrefois qui condamne le présent : point de modernité, interdits les créateurs, artisans, peintres, qui travaillent pourtant souvent dans leur grenier. Ce sont des objets morts qui s’étalent sous nos pas. C’est ce réconfort étrange de l’immuable qu’on vient aussi chercher, comme s’il pouvait exister. Bien sûr que la vie passe, et ce sont ses débris qui se vendent et s’achètent, parce que le commerce, c’est la vie. Une odeur de frites est là pour confirmer, une incongrue camionnette parfume la rue d’une odeur d’occasion. Enfin, après l’aventure, on se demande en partant où on a bien pu garer la voiture.



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