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Blogs > Francesc Cayrol > Les férias ne tuent pas que les taureaux !


Samedi 28.7.2007. 00:00h

Les férias ne tuent pas que les taureaux !

Les férias et les indispensables corridas ont conquis le Sud français dans une conquête andalouse, autour d’un rituel festif et mortel… jusqu’à éliminer les fêtes préexistantes. Avec le taur
Camargue ? Andalousie ? Féria de Millas 2006 ! Camargue ? Andalousie ? Féria de Millas 2006 !

En pays catalan, depuis les années 1980 à Céret, depuis les années 1990 à Millas, la plus grande fête de l’année, c’est la feria. Un drôle de phénomène d’importation espagnole qui a peu à voir avec la culture et les traditions du pays. D’ailleurs, les taureaux condamnés viennent la plupart du temps d’Andalousie ou de Castille. Les taureaux d’élevage de Cerdagne, région de montagne nord-catalane, ont toujours servi de reproducteurs mais n’ont jamais été dressés au combat, même si, jusqu’à la fin du XIXè siècle, dans certains villages comme Vinça, les "correbous" consistaient en des lâchers de taureaux face à la bravoure des jeunes hommes. La corrida a donc franchi la frontière, comme d’autres, gravement. Souvent, au lieu de parler de "fête", en français, ou de "festa", en catalan, la propagande des officines touristiques choisit le mot castillan "fiesta". C’est la caricature de l’Espagnol dont on exploite l’image jusqu’à oublier la vraie personnalité du pays, juste pour que le touriste nordique, qui mélange tous les Sud, soit attiré par le cliché. Viennent alors le flamenco - même malheureux, l’homme du Sud chante - et les tapas, dans une bodega avec sangria.

La fête en toc chasse l’autochtone de son village

L’espagnolisation des loisirs d’été peut énerver les locaux, voire les exiler. A Céret, en juillet, comme à Millas, en août -mais aussi à Collioure pour les fêtes de Saint Vincent-, lors des trois jours de liesse, certains habitants fuient leur commune et se réfugient en famille ou chez des amis. Mais comment en arrive-t-on à quitter son village le jour de sa fête majeure ? Peut-être parce qu’elle n’a que peu à voir avec les gens d’ici, mais surtout parce qu’elle n’est pas codée et ne se résume qu’à une vaste beuverie au son des bandas, ce qui n’est pas forcément palpitant pour l’habitant. Que faire d’autre autour des bodegas qui tendent les bras à tous les coins de rue, sinon prendre deux ou trois verres avec des inconnus ? Dans un pays rural où l’on connaît encore ses voisins, c’est décalé, sans compter la démographie municipale soudainement quadruplée, pendant 72 heures. Le choc. Alors, la nuit, l’éthylisme de la rue chante, hurle, se bat ou vomit sur le pas d’une porte. Parfois à Millas, les fugitifs autochtones retirent les pots de fleurs de leur pas-de-porte pour éviter la casse. D’autres colmatent le seuil de leur garage pour que les buveurs qui se relaient pour pisser contre la porte ne causent une marée jaune à l’intérieur… Non, la fête barbare n’est pas faite pour ces habitants peu amateurs de détritus et de misère déposés par les hordes d’origine inconnue, qui repartent comme elles sont arrivées.

On sacrifie le taureau et les cultures régionales


La féria, fête païenne, comporte le rituel du sacrifice de taureaux, comme pour carnaval où l’on sacrifie un roi, et en plus, un ours, si l’on est dans la région du Haut-Vallespir. Les aficionados sont minoritaires parmi les fêtards mais, sans le sacrifice, point de feria, car… le sacrifice est sacré ! Si la mort du taureau met la foule en liesse, c’est parce qu’elle exorcise la sienne. En ça, on peut parler de fête universelle. En Catalogne, autrefois, on pouvait sacrifier chèvres ou ânes, précipités du haut d’un clocher pour la fête de l’été. Pratique jugée - à juste titre - barbare, on préfère aujourd’hui tuer le taureau au son exotique des bandas. Alors, quelle fête sacrificielle nous reste-t-il? Le carnaval ? La vie à l’espagnole, mise en scène aspirée par l’industrie touristique, d’Alès à Nîmes, de Dax à Biarritz, jusqu’à Céret, est à la fois, pour quelques dollars de plus, le sacrifice du taureau et des vraies cultures régionales, occitanes, catalanes ou basques, qui accueillent et intègrent. Mais le sacrifice culturel, lui, n’incline pas à la fête.



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