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Le candidat Vauban, proposé par le ministère de la Culture, a été admis, le 5 janvier 2007, à la présélection du classement de son "œuvre" au patrimoine mondial de l’UNESCO. Six sites catalans du Nord et du Sud bénéficient ainsi d’une enveloppe européenne INTERREG d’1,6 million d’euros, avec le soutien du Parc Naturel des Pyrénées Catalanes et du Conseil Général des Pyrénées-Orientales. Guy Durbet, Président de l’Association pour le patrimoine frontalier catalan et membre de l’association Vauban, ose approcher le côté obscur de Vauban.
la clau : Si l'on peut douter de la neutralité de l’Histoire "réservée aux historiens", avec les exemples du génocide arménien nié par Certains, ou le cafouillage législatif de 2005-2006 sur la présence française outre-mer, quel enjeu cristallise Vauban ?
Guy Durbet : Vauban était le représentant d’une idéologie, c’est évident. Il incarne une stratégie d’intégration, de gré ou de force. Ses textes sont lucides, parfois cyniques ou dotés d’humour, mais il représente l’idéologie de l’intégration d’un Département frontalier qui devait devenir un bouclier contre les visées espagnoles, non sans conflits locaux. Le rapprochement avec la colonisation est intéressant car on peut considérer qu’un certain nombre d’affréteurs de bateaux négriers n’étaient pas racistes en tant que tels, mais qu’il avaient un marché, donc du fric à prendre, et en deuxième lieu le besoin de développer des colonies. Cette opinion peut s’expliquer dans le cadre de Vauban, mais pas nécessairement se soutenir : bras séculier d’un certain ordre national français, il n’a pas été tendre avec la notion de catalanité, de culture et de territoire catalan. Il était partisan de la politique des "eaux pendantes", donc des "frontières naturelles"… A partir du moment où la chaîne des Pyrénées passait au milieu, très bien ! D’un côté les Espagnols, de l’autre côté les Français, point à la ligne, le problème était techniquement simplifié. Les conséquences culturelles, sociales etc, Vauban considérait que cela faisait partie des dommages collatéraux. Il faut envisager cela, non pas pour faire le procès de Vauban comme on a fait celui de Saddam Hussein, mais pour montrer comment la philosophie selon laquelle on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs a pu entraîner des conséquences préjudiciables. Dans son contexte, Vauban a eu pas mal de partis pris radicaux, a cassé beaucoup de choses et taillé dans le vif. Cela fait partie des éléments qu’il faut expliquer parce qu’il ne l’a pas fait par sadisme pas plus que fatalité : dans bien des cas, on aurait pu agir différemment.
la clau : Cela pose la question mémorielle, très actuelle… En pays catalan, on semble avoir éludé l’avant-Vauban… Louis XIV a fait détruire le château du village de Ria, qui matérialisait le berceau de la Catalogne. Evol, Opoul, Sorède, Bages etc ont leurs châteaux en ruines, généralement sans subventions à l’horizon… En ignorant l’avant-Vauban dans les manuels scolaires, la mémoire est unique ..?
G.D. : Je penche pour la notion de mémoires complémentaires. Il existe évidemment une mémoire antérieure au XVIIè siècle, lorsque le Roussillon entre dans le giron français. On peut très bien revenir au comte Guifré Le Velu, fondateur de la dynastie catalane, dont le symbole reste le château de Ria. Nous avons aussi les tours à signaux, qui rappelaient l’Histoire de Catalogne, qui contrariaient Vauban, qui en a fait détruire car il agissait dans sa logique temporelle. Mais chaque personnage ayant eu à construire a souvent fait démolir l’architecture religieuse, civile ou militaire, qui précédait. C’est un aspect intéressant à rappeler, il ne faut pas l’oublier : les plus remarquables bâtiments ont souvent été construits sur les vestiges de bâtiments non moins remarquables qui les avaient précédés.
la clau : La 5ème République célèbre unanimement l’apanage de Louis XIV, avec Molière et Vauban, ce qui étonnerait plus d’un étranger. Pourquoi cette absence de "complexe du rétroviseur" ?
G.D. : La France est une continuité absolue issue de la monarchie absolue : elle reste très jacobine, une, indivisible et fortement centralisée, tout en assumant parfaitement les éléments de son Histoire, parfaitement libérés de leurs connotations et de leur contexte. Les Républiques ont renié la monarchie en tant que régime mais en ont conservé les principaux témoignages. Cela peut surprendre en effet.
la clau : Contexte à part, qui incarnerait un Vauban, à l’heure actuelle ?
G.D. : … Les derniers gouvernements ont évité qu’il y ait un Vauban. Un personnage investi de responsabilités comme il l’a été ne pourrait faire que de l’ombre à un pouvoir politique. Je ne vois pas dans les autorités militaires françaises quelqu’un qui puisse avoir les coudées franches comme Vauban a pu les avoir.