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Perpignan, 1978. Du nouveau sur la bande FM, appelée "Modulation de Fréquence" : une station pirate apparaît entre France Inter et France Musique, pas très loin de France Culture. Il s’agit de Radio Rose, dont les disques rythmés sont diffusés par des animateurs hors-la-loi, cachés dans un camion stationné sur la seule colline accessible de la ville, appelée "Serrat d’En Vaquer".
Entre mythe et réalité, les radios pirates, puis libres après 1981, se sont multipliées comme autant de projets créatifs, parfois plagiaires, toujours volontaires. En Pays Catalan comme ailleurs en territoire français, le législateur a ouvert une période intense, broussailleuse parfois, offrant quelques jours ou quelques années d’activité à des stations nouvelles, associatives ou commerciales, implantées sur l’ensemble du territoire, accompagnant les tendances urbaines ou rythmant la vie rurale, permettant souvent l’émergence de stars locales, servant parfois les intérêts politiques. Ce premier paysage radiophonique, le plus varié de toute l’Histoire des ondes, est garni d’ambiances disparues : des projets structurés portant pour noms RMS-Radio Midi Soleil, Stéréo 66, Radio RAF, Fréquence Verte, Fréquence Sud, Radio Grand Air, Eldoradio, Présence FM ou Radio Pyrénées Catalanes, aux expériences informelles dénommées Radio Bella de Lutte, Radio Plus, Radio Vallespir, Radio Cady ou La Radio du Fond de la Ville.
Cette première période a subi une sélection naturelle, propre à tous les phénomènes nouveaux, comme Internet 20 ans plus tard. En 1983, seules quelques stations catalanes perduraient, se renforçaient pour certaines, juste avant le ravage des franchises en 1984-85, permettant aux radios de se réclamer de Fun ou NRJ, tout en conservant une programmation locale, puis le coup de massue satellitaire de 1986 : les stations parisiennes, tôt formatées en styles musicaux segmentés et ciblés, cherchent dès lors à étendre leur territoire et proposent leurs émissions en direct fournies sur parabole aux patrons des radios locales. Prises de court, victimes du schéma de la province en retard face à Paris l’avant-gardiste, les stations catalanes disparaissent. A Villeneuve de la Raho, Fréquence Verte devient RFM. A Perpignan, NRJ engloutit Présence FM et Fun Radio dévore Stéréo 66. A Font-Romeu, Chérie FM vaincra la résistance de Radio Pyrénées Catalanes tandis que Radio Midi Soleil devient Rire et Chansons. Une page est tournée, l’expression "Radio nationale" est inventée et la bande FM de Perpignan devient une copie de celle de Paris à l’exception de Radio Evangile 66, Ràdio Arrels, et Radio Catalogne Nord, qui demeure aujourd’hui l’unique exemple nord-catalan de radio de pays réellement développée au fil des ans.
L’uniformité radio, un jacobinisme médiatique à capitaux privés
En 1989, Jacques Boutet, Président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, déployait une véritable doctrine radiophonique dans le but affiché de substituer « un jardin à la française à un paysage qui tient parfois de la forêt vierge ». Ainsi, dans la continuité, l’évocation du bouillonnement radio des années 1980 crée un fossé avec la réalité actuelle. Le dynamisme catalan de cette époque proche indique une mutation profonde dans les mentalités et les initiatives, car, avec ou sans subventions qui rassurent, des projets ont bel et bien vu le jour. Certes, dans des modalités discutables : le prototype de l’animateur du cru imitant l’accent parisien a pu faire recette, les pâles imitations des radios commerciales géantes ont eu leurs heures de gloire, mais il a existé, au-delà des styles, une volonté résolument fonceuse, locale, sociale.
L’aventure FM perçue comme entreprise humaine est à l’image de la société nord-catalane contemporaine : munie d’un riche passé récent, elle dispose encore d’une certaine superbe et de vestiges de sa vigueur d’antan, tout en tournant un peu à vide...
Historiquement, il n’y avait pas de fatalité globale dans la concentration radiophonique française. En effet, les péripéties d’alors n’ont pas stérilisé ou nivelé les projets locaux en Italie comme en Espagne et en Grande-Bretagne. Ainsi, le processus français d’uniformisation de la FM, achevé dès 1990/1992, démontre autant un appétit financier de la part des grands groupes centraux et des responsables locaux éblouis, qu’un comportement jacobin de part et d’autre, sur le principe « faire exactement comme à Paris est un gage de réussite ». En 2006, la boucle est bouclée, nous sommes revenus à la situation de l'avant 1981. Davantage encore qu’à Toulouse ou Montpellier, le paysage radio à Perpignan est en net recul face au florilège des diversités évanouies, et la « proximité », valeur notoire et peu nommée voilà peu, devient une prérogative politique depuis qu'elle est menacée. Au mieux, le local est devenu une notion artificielle et légale, dernier avatar d’une épopée actuellement à peine sauvée par une poignée de radios locales originales.
*NRJ Group : NRJ, Chérie FM, Nostalgie et Rires et Chansons.
Lagardère Active : Europe 1, Europe 2, RFM.
RTL Group : RTL, RTL2, Fun Radio.
Radio France : France Inter, France Culture, France Info France Musique, FIP, Le Mouv, France Bleu.
Next Radio : BFM, RMC.