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Blogs > Esteve Valls > Pays Catalan cherche mode d'emploi


Vendredi 11.12.2009. 21:00h

Pays Catalan cherche mode d'emploi

Délaissé par la France et méprisé par la Catalogne du Sud, quel avenir pour le Pays Catalan du Nord, dont l’identité structurante peut disparaître en moins d’une génération ?
"Rue du petit Paris", "Carrer del petit barri", Céret, région du Vallespir "Rue du petit Paris", "Carrer del petit barri", Céret, région du Vallespir

L’insularité de la vieille “Province du Roussillon”, baptisée de la sorte par les services de Louis XIV, disparaît. Si son statut de “province étrangère”, en vigueur jusqu’en 1780, l’a prise en étau entre une nouvelle frontière du Sud, et la France, elle-même étrangère, la surprise de la décennie 2000 aura été que l’avènement concret de la Région Languedoc-Roussillon, par son président depuis 2004, Georges Frêche, plus que la fin illusoire de la frontière avec l’Espagne, est le facteur qui rompt l’isolement multiséculaire. En appui, les nouvelles populations donnent corps à un Languedoc-Roussillon uniforme, sur le même amalgame selon lequel on résume en « chinois » un restaurant thaïlandais ou vietnamien, tandis que les embouteillages se multiplient par manque d’anticipation sur les infrastructures. Pour illustrer la vie, que l’on appelle maintenant « locale » en signe d’insignifiance, l’invasion contemporaine du drapeau catalan et du mot « catalan » mettent en scène l’identité, depuis qu’est amorcée la pente vers sa disparition. On remarquera cependant que les « ralls », ou « sénats » populaires des villages du Roussillon, consistant en des rassemblements assis, à l’ombre, sont désormais souvent dévolus à des pépés maghrébins, preuve d’un cousinage d’appréhension de l’espace public entre autochtones et populations du Sud, dans une permanence insoupçonnée d’un mode d’emploi de la voie publique.

Un parc à thème avec ambiance surfaite

Le prestige du Nord sur le Sud, avec pour singularité, dans la France du Sud, la multiplication des retraités en baskets, existe aussi en Italie ou en Espagne, mais surtout dans l’hexagone, où le Sud reste mineur, par tradition républicaine héritée de l’absolutisme. Ce schéma prend même un caractère officiel lorsque la série télévisée à succès « Plus belle la vie », tournée à Marseille et diffusée sur la chaîne France 3, parle parisien, sauf lorsqu’un de ses personnages, vulgaire tenancier de bar, ouvre la bouche. Dans la famille des Suds français, le département des Pyrénées-Orientales, jardin maraîcher de la France entre 1880 et 1980, serait alors devenu un terrain balnéaire pour touristes, y compris pour nombre de ses nouveaux ressortissants en activité professionnelle. Mais surtout, une synthèse culturelle, abstraite comme l’identité française, ni vraiment du Sud global, ni ch’timi, ni picarde ou parisienne, composerait sa culture réelle, mensongèrement proclamée comme « catalane » par les slogans officiels, dans une perspective de croissance à 550.000 habitants en 2020. En conséquence, par absence de dispositif d’accueil des arrivants conséquent, la différente fondamentale avec un parc à thème, artificiellement animé, dans une ambiance surfaite, serait infime.

Une lampe à bronzer géante, en catalan

Un regard sur le « mouvement catalan », nommé ainsi par analogie abusive avec un « mouvement basque » autrement plus consistant, s’avère nécessaire pour saisir le « tour de magie » opéré lors des deux dernières décennies dans ce pays catalan de France. En effet, la vague de défense du territoire, apparue dans les années 1920, enterrée par 1939 puis née du « demandons l’impossible » de 1968, a misé lourd sur la langue catalane, désormais relativement subventionnée, en délaissant son préalable économique, par conséquence social, et en fuyant l’analyse d’un conditionnement général imputable à la structure de l’Etat centralisateur. Car contrairement à Bretagne, à la Corse et au Pays Basque, la décroissance du territoire a pu continuer en marge d’une promotion identitaire croissante. En 2010, le tableau général présente ainsi une promotion de la langue et de quelques valeurs cosmétiques, d’ordre culinaire ou festif, hermétique à la problématique socio-économique et à la perte de personnalité d'un pays transformé en lampe à U.V. géante. Pire, la langue peut parfois être cyniquement érigée en complément touristique. Simultanément, Montpellier, Toulouse et Narbonne se réinventent, tandis que Figueres et Girona opèrent une mutation qui les transformera en cités des Flandres. Ainsi, l’insularité originelle persiste, non plus, comme il y a 100 ans, par une personnalité territoriale et un foisonnement économique, mais dans l’inverse parfait, une essence mourante, galvaudée par les autocollants, puisque inconsistante et aussi irréelle, à terme, que le merveilleux monde de Walt Disney.



Commentaires

#11. Sergio - Perpignan 06.1.2010. 21.44h

J'ai lu et retenu : "Qui perd ses origines perd son identité" - "Est Catalan, celui qui y vit, y travaille et qui veut l'être" Bravo. Par ailleurs dans cette époque en plein bouleversement, notre pays qui s'englue dans une Europe tentaculaire qui ne menera nulle part, les régions demeureront. Alors la Catalogne subsistera et se renforcera. Nul besoin de se comparer à d'autres régions. Ses atouts sont là non en quantité ma... Lire tout le commentaire


#10. Patoufet 31.8.2015. 16.45h

Excusez moi de vous demander pardon mais " barri " en Catalan se traduit "quartier" et non Paris .


#9. Ot Plà 30.8.2015. 13.30h

Duvan: Je trouve tes propos un peu injustes. Avec une monarchie castillane à cette époque Barcelone avait déja du mal a s'occuper d'elle même. Par ailleurs, en 1639 des hommes de toute la Catalogne, des terres de l'Ebre jusqu'aux Pyrenées, et de Barcelona jusqu'aux plaines d'Urgell, convoqués par la Generalitat et par les sons de clôche de toutes les petites églises du pais catalan, se sont rués vers la défense de SON chateau de Salses aux ordres de Dalmau de Queralt. Nous n'avons pas... Lire tout le commentaire


#8. Ot Plà 30.8.2015. 09.15h

OK duvan:j'hi vais. Mais veuillez excuser mon pauvre français! J'écris dés l'Andorre et je suis et je me sens catalan. Je regrette beaucoup lire tes paroles pleines de fatigue et de deception. J'écris en une date, le 13 decembre 2009, ou la Catalogne, notre malheureuse Nation, ha récuperé les rênes de son destin. Tu vas me dire que ça se passe au sud et non pas chez toi. D'accord, ça ne se passe chez moi non plus (malgré le progres économique andorran,ça c'est du vrai isolement!), qo... Lire tout le commentaire


#7. duvan 02.8.2015. 17.00h

Pour El Nin: de 1492 à 1659 le Roussillon fût sous domination espagnole et les barcelonnais plus préoccupés, comme aujourd'hui, de leurs problèmes que de ceux de Perpignan.


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