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Àdeux pas de la Place de Catalogne de Perpignan, près d’une agence immobilière et d’une école privée, voici une devanture rose… A l’intérieur, Henri Llorens accueille, conseille et prend des nouvelles des clients. Ancien employé des Nouvelles Galeries, ce vendeur de sex-shop ne propose par des croissants ou des crayons mais c’est tout comme. Avec les visiteurs, inconnus ou habitués, le dialogue est celui d’un commerce comme les autres. Dans cette ambiance calme, où la radio France Bleu Roussillon ronronne en fond sonore dans les rayons de films classés en catégories "Gay", "Trans" et "Domination", j'en prends plein la vue face aux vitrines garnies de capotes multicolores, d’objets érotiques rutilants, avec de temps en temps un râle échappé du film projeté en arrière-salle.
La Clau : A quoi ressemble le client catalan ?
Henri Llorens : C’est Monsieur tout le monde, qui est bien dans sa peau, et il n’y a pas d’âge, cela va de 18 à 80 ans, mais il y a 9 hommes sur 10 clients. Sur les 50 à 100 clients quotidiens, il y a environ 2 à 4 couples, et la journée du mercredi est généralement la moins agitée car les gens s’occupent de leurs enfants. Ces dernières années, nous avons pas mal de couples de 60/70 ans qui cherchent du piquant. Quant aux amateurs de SM (Sado-Maso - NDLR), ce sont plutôt des cadres ou chefs d’entreprise. Pour faire le lien entre les gens, nous éditons "Le p’tit annonceur", qui permet de faire des rencontres en pays catalan. Les clients peuvent dépenser de 30 à 300 euros, avec des exceptions : un client m’a acheté un jour une poupée pleine, aussi vraie que nature, pour 1500 euros ! Ce qui est certain, c’est que les femmes seules sont encore rares mais leur proportion augmente pour les sextoys. Les sexoys, c’est pareil qu’avant, lorsqu’on parlait de godemichés ou de vibromasseurs. Seul le nom a changé et cela attire du monde rien que pour cela ! Internet et Canal + y sont pour quelque chose…
La Clau : Vous recevez des people du pays ?
H.L : (silence, hésitation)... Oui, notamment différents hommes politiques locaux, bien connus, de droite et de gauche. Je reçois aussi quelques personnages de la presse perpignanaise et j’ai même eu des vedettes de passage chez nous.
La Clau : Parmi vos 900 DVD et 800 produit référencés, quelles sont les tendances ?
H.L. : Actuellement, c’est exactement comme pour ma musique, les gens sont nostalgiques et réclament beaucoup de films des années 1960 et 1970, avec le style de l’époque de l’actrice Brigitte Lahaie… Il y avait une histoire, les titres étaient travaillés, c’était du joli porno. Maintenant, c’est du hard, du hard, du hard et les titres sont très techniques. Côté objets sexuels, la tendance est aux petits sex toys, que les femmes peuvent mettre dans leur sac à main, avec des couleurs qui pètent : désormais on voit du rose, du mauve, des formes striées, avec des testicules en plastique, et cela coûte de 15 à 150 euros. Il y a du mou, du dur du électrifié, du double, du vaginal, du anal, il y a aussi les "dongs", objets doubles, pour les lesbiennes… Les modèles vont de 13 cm jusqu’à la démesure, appréciée par les homos qui phantasment. Moi-même, il y a 15 ans, j’aurais réagi en me disant que ce sont des objets de malades ! Mais ce n’est plus le cas, tout cela se normalise… Depuis quinze ans, les nouveautés sont aussi les pilules proches du viagra et les jeux de société érotiques, comme "Love game"… On en vend beaucoup pour les anniversaires…".
(Interruption. Un client, 35 ans, jogging-basket-barbe de 3 jours, entre et salue Henri Llorens.) "Certains clients préfèrent un vendeur par rapport à l’autre, comme dans tous les commerces". Deux minutes plus tard, l’épouse du vendeur entre et porte à son mari un exemplaire du journal L’Indépendant).
La Clau :A force de voir du matériel sexuel, on ne devient pas un peu blasé ?
H.L. : Je banalise, mais cela n’a aucune répercussion sur ma propre vie. Mon fils de 13 ans est venu quand il n’avait pas l’âge de comprendre et il reviendra lorsqu’il sera en âge de comprendre. Je n’ai jamais eu aucun problème avec ma famille et mes amis, et même, certaines personnes qui me connaissent sont rentrées ici alors qu’elles ne seraient jamais entrées. Mais je n’ai pas une vocation spéciale à cela, je travaille !
La Clau : Le tempérament d’ici se retrouve dans vos murs ?
H.L. : Ici, c’est bloqué, quand même. On ne rentre pas dans un sex-shop à Perpignan comme on le ferait dans une grande ville. Avant de rentrer ici, certains regardent à gauche, à droite, pour voir que quelqu’un ne les reconnaisse pas. Perpignan, c’est un grand village, alors on ne rentre pas dans un sex-shop comme on rentre dans une boulangerie.