Bavard et sans étiquette, Christian Blanc, 51 ans, est maire et conseiller général des Pyrénées-Orientales en continuité de son rôle au comité des fêtes et à l’association de chasse. Accompagnateur de montagne municipal, il démissionne en 1988 à cause de la "dérive d’une activité professionnalisée à l’extrême. Pour moi, le salaire était le sourire de ceux que j’accompagnais". Car au fil du temps, l’homme s‘est interrogé sur les options de développement et de démocratie du maire en place. "Quittant la Mairie, j’ai marché 30 mètres et j’ai été stoppé par une dizaine de copains qui m’avaient vu œuvrer comme fonctionnaire territorial à la station de ski, à l’Office de Tourisme, dans tous les services. Je suis parti aux municipales en 89 avec une équipe jeune, élue au premier tour contre le maire en place, Jean-Baptiste Vaqué. Cela a duré 19 ans, avec un engagement : Les Angles, Les Angles, Les Angles". Si c’est un feuilleton, de nouvelles saisons sont à prévoir.
La Clau : Début 2008, votre pas de tango a surpris tout le monde !
Christian Blanc : "Oui. Le 7 janvier, après trois mandats et deux ans de réflexion, j’ai annoncé mon départ pour retourner vers la Nature et les personnes nécessiteuses, hors-mairie, en pensant qu’une succession arriverait… Mais, cet hiver, le manque de neige a fragilisé notre économie, liée au ski : avec 250 salariés et 35 millions d‘euros de budget annuel je ne pouvais pas quitter le navire, et c’est dur, car je suis très exposé, avec, parfois, l’annonce à faire aux familles qu’un enfant a subi une chute aux conséquences irréversibles. J’ai annoncé mon retour le 6 février".
Les accros au pouvoir enchaînent les mandats, depuis 1977, ou 1989… Vous êtes piégé ?
"J'évite désormais le jugement car je prolonge aussi, même si j’ai envie de voyager… Je vais offrir l’expérience de mes erreurs à une nouvelle génération, enseigner les relations humaines à 15 élus et 14 administrateurs de la station. Car tout est possible, comme la grève massive de cette fin février 2008 chez les salariés de la station savoyarde de Courchevel ! Lorsqu’on est patron d’une entreprise publique, l’humain et l’éthique priment. Je ne suis pas moraliste, mais les communes ont besoin d’éthique et cela commence aux élections municipales".
Parfois, certains deviennent candidats à leur retraite, ou la vocation de maire (comme de médecin), déserte la campagne...
"Il faut revoir certains salaires car seuls les riches y ont accès puisqu’il faut un revenu de base. Les maires de communes comme la nôtre méritent un salaire de 1500 euros (C. Blanc perçoit 1000 € en tant que maire et 1500 € en tant que conseiller général - ndlr). Un jeune qui voudrait être maire serait dans une galère personnelle ! Ici, le problème est mathématique, car, sur 590 habitants, nombreux sont inéligibles : les salariés de la station et de la Régie des Angles, soit 150 électeurs sur place, les personnes fortement liées à la Collectivité, les fournisseurs de Travaux Publics ou les professionnels de l’immobilier, trop liés aux plans d’urbanisme s’ils étaient élus. Il y aussi 120 jeunes de moins de 18 ans : au total, 280 personnes peuvent candidater. Cette éthique a rompu des liens familiaux mais j’y tiens : les salariés servent la collectivité".
Dans la série TV, Docteur House préfère le résultat aux félicitations. Charité chrétienne ?
"On me dit souvent que l’on ne me voit pas, alors que je travaille dur ! Mais le tocamanetes n’est pas une politique. Je suis poli, sans faire la course à la poignée de mains. Sur l’aspect religieux, beaucoup de partis politiques singent les sectes, idolâtrent et se battent pour le gourou... Ce n’est pas mon truc. Mais la dévotion des maires est réelle, ils ne trichent pas : chez les conseillers généraux ou régionaux, les députés ou les sénateurs, c’est une autre logique. Et s’il reste un espoir chez les plus méfiants envers la politique, c’est envers le Maire, l’élu le plus proche. En France, en dehors du Président de la République, les échelons intermédiaires intéressent bien moins.