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Samedi 26.1.2008. 00:00h

Perpignan : politique cyclable et choc de civilisations

Une station de vélos déserte, en sous-sol... Avec ses 11 km de pistes réellement cyclables, Perpignan embraye sur la bicyclette à louer à deux mois des municipales. Les militants du rayon progressent… Jusqu’&
Jean-Michel Henric, "Locovélo", Perpignan Jean-Michel Henric, "Locovélo", Perpignan

Tout va très vite. En 2005, trois agitateurs s’associent dans "Vélo en Têt", le poil à gratter du vélo urbain à Perpignan. 300 adhérents plus tard, ils créent une interface pragmatique, "Locovélo"... En partenariat avec la ville depuis l’été 2007, cette structure préside aux destinées de Vélostation, le premier parc de 40 vélos à louer pour 1,50 € la journée, installé en catimini dans le parking Arago en décembre. On ne devient pas Barcelone ou Paris du jour au lendemain.

La Clau : Vous prônez la "réduction de l’usage de l’automobile" mais la rue appartient aux voitures, taxis, bus, piétons, trottinettes, rollers et skate-board ! Comment éviter l’intégrisme ?
Jean-Michel Henric, président de Locovélo : "C’est un ensemble. Comme ailleurs en Europe, j’imagine très bien quelqu’un venant de la ville de Thuir, à 15 km, laissant sa voiture sur un parking à Toulouges, à 6km, prenant alors un bus, puis un vélo dès son arrivée en centre-ville, Place Arago. Ou alors, le matin, cette même personne accompagnera ses gamins en voiture à l’école puis elle continuera à vélo : c’est l’inter-modalité, à laquelle on peut ajouter le train ou les pédibus ou les Vélobus. Mais ce n’est pas simple. Il est évident qu’une mesure extrême, comme l’interdiction de l’accès à l’hyper-centre aux voitures, pénaliserait les voisins. Je me sens mal de proposer des choses comme celle-là, d’autant que les populations quittent les centres pour gagner la périphérie. il faut donc placer le curseur au bon endroit".

Ici, au royaume du chômage et des très bas salaires, les pros-vélo semblent aisés par rapport aux hordes motorisées…
"Ils sont fatalement aisés car ils exercent des professions intellectuelles et ils ont le temps de réfléchir. Mais, petit à petit, l’influence s’étendra au reste de la société. C’est comme la Révolution Française ! On retrouve aussi une élite bourgeoise, et les partisans du vélo en ville se posent parfois en clergé… (rire). A l’association, pour certains c’est une prise de conscience et un effort, mais pour d’autres c’est plus facile que pour un ouvrier de la chocolaterie Cémoi qui arrive sur la chaîne de fabrication à 5h du matin… On aurait tort de reprocher à l’ouvrier matinal de ne pas prendre son vélo, alors qu’il habite plus loin puisque les loyers ou le coût d’une acquisition sont plus accessibles en milieu rural. Ce mode de vie "bobo", lié aux moyens, est un comportement global qui passe par les commerces de proximité, les légumes de saison, etc."

Quel est le profil des gens qui se moquent de la politique cyclable ?
"L’Urbain est sensibilisé car l’automobile est, pour lui, une nuisance, mais le Rural perçoit davantage le côté ludique du vélo. Il faut faire entendre au gens la différence entre le Vélib parisien et Vélostation, qui peut créer de l’emploi et devenir de l’économie solidaire… Vélib a un côté Kleenex : "j’emprunte, je jette". A l’inverse, avec la location, l’objet t’appartient un peu, et cela me plaît bien, outre que les afficheurs publicitaires sur Vélib sont des mecs qui s’achètent une bonne image pour pas cher. Mais les Ruraux me disent souvent "Vous nous emmerdez avec vos vélos à la con, vous, les bobos qui avez la chance d’habiter Perpignan et qui avez les moyens". En ville, je ressens une différence marquée lorsque je traverse la cité Clodion, dans le quartier du Bas-Vernet (quartier Nord - ndlr) : je suis un clown sur mon vélo, à côté des Maghrébins qui galèrent en rêvant de BMW. Il faut être prudent avec les « ordres » donnés à la société. Autant à Cabestany ou à Thuir, en vélo, je me fonds dans le décor, autant pour des gens sans emploi, renvoyés en périphérie et non considérés, ce mode de vie est une provocation. A vélo, ils seraient à poil. Mais si on leur filait un boulot, ils rouleraient à vélo !"



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