L’insularité de la vieille “Province du Roussillon”, baptisée de la sorte par les services de Louis XIV, disparaît. Si son statut de “province étrangère”, en vigueur jusqu’en 1780, l’a prise en étau entre une nouvelle frontière du Sud, et la France, elle-même étrangère, la surprise de la décennie 2000 aura été que l’avènement concret de la Région Languedoc-Roussillon, par son président depuis 2004, Georges Frêche, plus que la fin illusoire de la frontière avec l’Espagne, est le facteur qui rompt l’isolement multiséculaire. En appui, les nouvelles populations donnent corps à un Languedoc-Roussillon uniforme, sur le même amalgame selon lequel on résume en « chinois » un restaurant thaïlandais ou vietnamien, tandis que les embouteillages se multiplient par manque d’anticipation sur les infrastructures. Pour illustrer la vie, que l’on appelle maintenant « locale » en signe d’insignifiance, l’invasion contemporaine du drapeau catalan et du mot « catalan » mettent en scène l’identité, depuis qu’est amorcée la pente vers sa disparition. On remarquera cependant que les « ralls », ou « sénats » populaires des villages du Roussillon, consistant en des rassemblements assis, à l’ombre, sont désormais souvent dévolus à des pépés maghrébins, preuve d’un cousinage d’appréhension de l’espace public entre autochtones et populations du Sud, dans une permanence insoupçonnée d’un mode d’emploi de la voie publique.
Un parc à thème avec ambiance surfaite
Le prestige du Nord sur le Sud, avec pour singularité, dans la France du Sud, la multiplication des retraités en baskets, existe aussi en Italie ou en Espagne, mais surtout dans l’hexagone, où le Sud reste mineur, par tradition républicaine héritée de l’absolutisme. Ce schéma prend même un caractère officiel lorsque la série télévisée à succès « Plus belle la vie », tournée à Marseille et diffusée sur la chaîne France 3, parle parisien, sauf lorsqu’un de ses personnages, vulgaire tenancier de bar, ouvre la bouche. Dans la famille des Suds français, le département des Pyrénées-Orientales, jardin maraîcher de la France entre 1880 et 1980, serait alors devenu un terrain balnéaire pour touristes, y compris pour nombre de ses nouveaux ressortissants en activité professionnelle. Mais surtout, une synthèse culturelle, abstraite comme l’identité française, ni vraiment du Sud global, ni ch’timi, ni picarde ou parisienne, composerait sa culture réelle, mensongèrement proclamée comme « catalane » par les slogans officiels, dans une perspective de croissance à 550.000 habitants en 2020. En conséquence, par absence de dispositif d’accueil des arrivants conséquent, la différente fondamentale avec un parc à thème, artificiellement animé, dans une ambiance surfaite, serait infime.
Une lampe à bronzer géante, en catalan
Un regard sur le « mouvement catalan », nommé ainsi par analogie abusive avec un « mouvement basque » autrement plus consistant, s’avère nécessaire pour saisir le « tour de magie » opéré lors des deux dernières décennies dans ce pays catalan de France. En effet, la vague de défense du territoire, apparue dans les années 1920, enterrée par 1939 puis née du « demandons l’impossible » de 1968, a misé lourd sur la langue catalane, désormais relativement subventionnée, en délaissant son préalable économique, par conséquence social, et en fuyant l’analyse d’un conditionnement général imputable à la structure de l’Etat centralisateur. Car contrairement à Bretagne, à la Corse et au Pays Basque, la décroissance du territoire a pu continuer en marge d’une promotion identitaire croissante. En 2010, le tableau général présente ainsi une promotion de la langue et de quelques valeurs cosmétiques, d’ordre culinaire ou festif, hermétique à la problématique socio-économique et à la perte de personnalité d'un pays transformé en lampe à U.V. géante. Pire, la langue peut parfois être cyniquement érigée en complément touristique. Simultanément, Montpellier, Toulouse et Narbonne se réinventent, tandis que Figueres et Girona opèrent une mutation qui les transformera en cités des Flandres. Ainsi, l’insularité originelle persiste, non plus, comme il y a 100 ans, par une personnalité territoriale et un foisonnement économique, mais dans l’inverse parfait, une essence mourante, galvaudée par les autocollants, puisque inconsistante et aussi irréelle, à terme, que le merveilleux monde de Walt Disney.
Dans mon village , la bâti "ancien" est démoli pour construire du "nouveau". Lors de la dernière exposition de la Commission Municipale Patrimoine , ont été expoées des photos du temps jadis , prêtées par les familles locales. Entre goupes de sardanes et de couture, notre génération sera la première qui verra se perdre le roussillonais,cette variété de la langue catalane, parlée depuis plus de deux mille ans. Avec la bénédiction de la population autochtone , dont les anciens ... Lire tout le commentaire
en fait PERPIGNAN n est plus CATALANE depuis qu elle a ete baptisee ainsi les vrais catalans ont du la quitter pour cause de desert economique et les NOUVEAUX ARRIVANTS sont venus ici parce que l immobilier et les loyers y sont moins eleves que que dans l'autre SUD qui lui a su combiner activite economique et tourisme.De plus une politique deplorable fait que les voies de communication sont faites avec 10 ans de retard , qui a envie d aller a PERPIGNAN CENTRE plan de c irculation debile , pas de... Lire tout le commentaire
J'ai lu et retenu : "Qui perd ses origines perd son identité" - "Est Catalan, celui qui y vit, y travaille et qui veut l'être" Bravo. Par ailleurs dans cette époque en plein bouleversement, notre pays qui s'englue dans une Europe tentaculaire qui ne menera nulle part, les régions demeureront. Alors la Catalogne subsistera et se renforcera. Nul besoin de se comparer à d'autres régions. Ses atouts sont là non en quantité ma... Lire tout le commentaire
Excusez moi de vous demander pardon mais " barri " en Catalan se traduit "quartier" et non Paris .
Duvan: Je trouve tes propos un peu injustes. Avec une monarchie castillane à cette époque Barcelone avait déja du mal a s'occuper d'elle même. Par ailleurs, en 1639 des hommes de toute la Catalogne, des terres de l'Ebre jusqu'aux Pyrenées, et de Barcelona jusqu'aux plaines d'Urgell, convoqués par la Generalitat et par les sons de clôche de toutes les petites églises du pais catalan, se sont rués vers la défense de SON chateau de Salses aux ordres de Dalmau de Queralt. Nous n'avons pas... Lire tout le commentaire