L’élasticité d’Internet est révolutionnaire lorsqu’elle permet de passer outre le format des articles : pour un coût égal et une mise en page identique, un reportage peut atteindre une extension matériellement impossible dans la presse écrite, au risque de lasser par la longueur. Les interviews, reportages et analyses à rallonge ont toute leur place sur le 3w, moyennant une présentation attractive, des relances, en caractère gras, et des illustrations… car il ne faudrait pas basculer dans la littérature et exclure les lecteurs, attractivité oblige. Les dernières évolutions du web européen, parfois sous forme de gadgets comme toutes les micro-avancées technologiques, concernent, en mars 2009, les images d’info tournantes, rapprochant le web de la télévision dans son caractère changeant face à un spectateur passif. Nul ne connaît le dénouement, si dénouement il y a, ou le simple palier supérieur, de l’actuelle convergence entre les médias techniques qui tend à relier la télévision, le web, les web-radios, les webmagazines et la presse papier retranscrite à l’écran. Mais il y a fort à parier qu’il faudra, un jour ou l’autre, faire appel à un néologisme pour qualifier la « chose », dont Internet est à la fois un catalyseur technologique et une entité médiatique encore nouvelle.
Le complexe de la radio, média aveugle
Tout comme la force de la littérature face au cinéma repose sur la puissance de l’imaginaire suscité par le verbe, opposé à un couple image-son qui en mâchant le travail gâche la libre interprétation de l’œuvre, la radio s’est auto-questionnée depuis l’avènement populaire de la télévision dans les années 1960, en se considérant aveugle, le miracle de l’image menaçant la « pauvreté » du simple son, moins partageable collectivement, moins impactant, exactement comme un long-métrage, plus aisé à raconter à ses collègues qu’un roman et plus porteur en matière de sociabilité grâce à l’image émotionnelle, aisément communicable. La radio a survécu grâce aux salles de bains et aux autoradios, cantonnée dans son handicap aveugle ponctuellement érigé en avantage, notamment le matin, avant de profiter d’Internet vers 2004 par l’incrustation, sur les sites des radios, de pochettes de CD diffusés sur les antennes ou la mise à profit des faibles coûts de la bande passante pour diffuser plusieurs canaux sous une seule ombrelle, un seul logo, correspondant à la FM traditionnelle… Jusqu’en 2008, avec la consécration du modèle proposé par la radio RMC, qui a caressé les oubliettes dans les années 1980 et 1990 avant de créer l’avant-garde française à l’orée des années 2000, par un modèle directement importé de Californie.
La radio filmée, un équilibre condamné
Véritable véhicule hybride de la planète média, la radio filmée développée dans la tradition française des émissions politiques du dimanche (« Le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI », « Dimanche Soir Politique France Inter-I-Télé-Le Monde » et « RMC-BFMTV-Dailymotion »). Sur ce modèle, depuis septembre 2008, une formule spéculée rencontre le succès an passant directement en quotidienne, sous la forme du rendez-vous « Bourdin Direct », du nom du journaliste Jean-Jacques Bourdin, diffusé sur RMC couplée à BFMTV : le micro, à la façon Billie Holiday, est télégénique, le ton est mixte radio-télé et… l’image n’apporte rien. Pire, une oreille attentive, à la radio, parvient à discerner l’importance de l’image parmi les intervenants, prisonniers du physique, alors que la radio seule présenterait tout l’avantage d’aller à l’essentiel, en dehors de la communication liée au corps voire au vêtement. La séduction et la mise en scène à coups de projecteurs de plateau confèrent ainsi à ce média hybride une suprématie télévisuelle à travers laquelle la gestuelle, la pause et l’attitude deviennent majeure et abrutissantes lorsque l’on connaît la puissance de l’apparence, qui prend le dessus sur le sens, selon la science savamment consignée sous le nom de « programmation neuro-linguistique (PNL) » largement maîtrisée aux USA. Avec cette radio filmée, l’information se trouve toute transformée, spectaculaire, et mériterait presque que l’on coupe le son.