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Vendredi 30.5.2008. 21:00h

D. Sistach : "La drogue est une marchandise comme une autre"

La mondialisation des échanges entraîne celle des drogues, dont l’offre présenterait une variété inédite. De Perpignan à Barcelone, jusqu’au Maroc, le sociologue Dominique Sistach enquête.
Dominique Sistach à Perpignan, mai 2008 Dominique Sistach à Perpignan, mai 2008

Caméléon de 44 ans, Dominique Sistach, chercheur à la faculté de sociologie de l’Université de Perpignan, travaille de Marseille au Maroc, avec la Catalogne comme espace de transit et de consommation de drogue. Lorsqu’il évoque l’offre et l’économie des stupéfiants, on a l’impression qu’il s’agit de fruits et légumes, tant la banalisation semble évidente ! Comme pour un plat varié, la tendance actuelle est à la poly-toxicomanie selon ses constats, couchés en 2010 dans un ouvrage intitulé "Qu’est-ce qu’un poly-toxicomane aujourd’hui ?". Dominique Sistach travaille depuis 15 ans sur les drogues, un thème qu'il a choisi en constatant l'augmentation de l’offre, puis de la demande, à Perpignan et ailleurs. Par sa méthode, le scientifique dépasse le simple rôle de journaliste-enquêteur pour revêtir celui d'un individu quelconque, en immersion : "Tu te présentes comme toxicomane, tu te balades dans des mondes, avec des amitiés etc. Je suis resté trois ans en immersion dans tous les mondes sociaux où la toxicomanie est présente. C'est long".

La Clau : La Catalogne est indispensable aux flux européens de stupéfiants ?

Dominique Sistach : Oui, car nous sommes au centre d’un espace de transit qui part du couloir Rhodanien jusqu’au carrefour du Maroc. Ce couloir catalan est très important, non pas pour la production et la consommation, à l’exception de Barcelone, mais en tant que lieu de passage. Il y a d'abord un couloir Nord/Sud pour le passage de l’héroïne, notamment afghane, et les drogues dites « de synthèse » comme le MDMA, appelé Ecstasy, ou le GHB, dit la « drogue du violeur ». Le GHB est essentiellement produit dans les pays de l’Est, en Russie et dans les ex-pays frères de l’Union Soviétique. A l’inverse, par ce même couloir remonte la cocaïne d’Amérique du Sud, qui transite en Espagne et remonte par le couloir basque et le couloir catalan, et bien sûr le hachisch marocain, en voie de passage quasi-obligatoire, mais avec des points, sur le parcours Valence-Tarragone-Barcelone-Girona. Partout, on trouve un réseau d’arrivée et des diffusions s’opèrent. Cet espace de transit est défini, permanent, et offre toutes les drogues… A Girona, tu trouveras de l’héroïne dont on a les premières traces en Turquie, et qui vient d’Afghanistan. Un même dealer, qui portera de l’héroïne, aura dans ses poches de la cocaïne « base », qui vient de Colombie en passant par la Martinique, via le transport bateau. Il aura aussi sur lui des ecstasy produits dans la banlieue de Saint-Pétersbourg… Ici, ou à Girona, le consommateur local est assujetti à la production mondiale des drogues. On peut réellement parler de mondialisation géopolitique des drogues. C’est très différent du passé : quand j’étais gamin, à Céret… On a vu arriver l’héroïne à la fin des années 1970, portée par deux mecs de Paris, qui faisaient des allers-retours. Ce réseau centralisé a disparu. 

Le point de passage du Perthus est une frontière à drogues ?

Les douaniers et la police travaillent dans le vide absolu ! Une prise sur dix est une détection faite par hasard par les chiens. La grosse difficulté est le travail en amont : quelle info peut-on obtenir pour intercepter un trafic ? Surtout que les trafiquants travaillent avec des leurres, par exemple en passant quatre camions un jour, chacun chargé de 100 kilos de hachisch. Un camion est arrêté ? Trois sont passés ! Les douaniers affirment qu’en cas de prise d’un kilo de drogue, 7 sont passés. Les drogues sont une marchandise comme une autre... En ce moment, je piste trois dealers de Perpignan, qui font régulièrement le trajet jusqu’à Girona avec 60 kilos dans le coffre, même pas cachés. Ils passent comme qui rigole, à la gueule. 

Affirmer que la drogue est un secteur économique catalan est abusif ?

Il y a un secteur d’activité barcelonais car les drogues ont un rapport fondamental à l’urbain, mais on ne peut pas parler de toxicologie catalane. Combien de cocaïne consomme-t-on par jour à Barcelone ? Certains parlent de plus de 300 kg. Selon une étude analytique de l’eau, Barcelone est le leader européen de la consommation de cocaïne… Perpignan est loin de ce niveau, l’interpénétration avec les réseaux économiques est bien moindre. Il y a juste une interpénétration sociale, mais il est certain que les consommateurs augmentent et que le toxicomane type, amateur ou « expérimenté », dispose de tous les types de drogues. Aujourd’hui, tout toxicomane est poly-toxicomane. 

Qui ne se drogue pas, aujourd‘hui ?

Très peu de gens. Peut-être ceux qui ont une vie saine, comme les sportifs, mais nous avons tous regardé le Tour de France... Même les gens à la vie "naturelle", qui bouffent bio etc, ont des postures proches de la toxicomanie. Par exemple, dans les magasins Bio-Cop, on peut acheter des pilules pour s’alimenter. Ce ne sont pas des drogues, il n’y a pas la substance, mais il y a le geste, lors de la prise d’un cachet… C’est pareil dans les salles de sport, où les mecs disent « C’est du bio, mes muscles ». On ne trouve plus d’espace social vierge. Hier, encore, un ami directeur de travaux de maçonnerie, lui-même toxicomane, qui s’interdit de fumer un seul joint sur son lieu de travail, avec tous les dangers représentés par les échafaudages, etc, me racontait avoir, dans ses équipes de maçons, de vieux Arabes, et des Espagnols, qui ont entre 30 et 50 ans. Ils fument tous, du gros shit marocain ! Il a pu leur interdire la bière sur les chantiers, mais pour le cannabis, c’est impossible. Et ces types-là ne sont dans de vieux beatniks, avec tous les clichés qui vont avec ! Ce sont des maçons, conservateurs, qui ont voté Sarkozy… Aux Etats-Unis, il y a quelques années, les autorités se sont lancées dans « l’hygiénisme d’entreprise », avec un test-sanguin tous les six mois. Les résultats ont été tels qu’il a fallu ralentir la cadence, avec un test tous les ans, pour laisser aux testés le temps de se mettre au vert… D’ailleurs, malgré la sobriété, seules les cellules du cuir chevelu conservent les traces, de cocaïne, par exemple, toute la vie. Il y a eu aussi le scandale des avions américains : il s’est avéré que l’arrivée de la cocaïne colombienne a été favorisée par les hôtesses de l’air, et, surtout, on s’est rendu compte que pendant toutes les années 70-80, les pilotes de ligne étaient sous coke… Tout est question de distribution, plutôt par mer et par route, sur l’exemple du million d’ecstasys saisis en Angleterre en 1999-2000 : cela peut vouloir dire que 7 camions sont passés. D’ailleurs, 15 jours après, il y avait des pastilles dans toutes les villes anglaises. La puissance de distribution est colossale, et le produit arrive à tout le monde.



Commentaires

#6. NTM 19.10.2008. 21.57h

Ce serait plus honnête si tu parlais de ton expérience plutôt que de traiter les toxicos comme des rats de laboratoire...


#5. zak 31.8.2008. 16.16h

pastèque et noyau !


#4. francesc 30.8.2008. 16.28h

Jo legalitzaria totes les drogues. Penso que el problema de la droga, no resideix en si mateixa, si no en l'individu que les utilitza. Un consum responsable, de qualsevol droga, no implica haver-se de convertir en un adicte. Crec que el problema de les adiccións ve degut a problemes personals dels individus que les utilitzen i no de les substàncies. Nomes un comentari per a la reflexió. Algú creu que ilegalitzant el vi i els alcohols,disminuiria el nombre de alcoholics o pel contrari, aconse... Lire la suite


#3. Marc Fievet 01.6.2008. 10.57h

Bonnne analyse d'une réalité que nos politiques ignorent vololntiers - article mis en ligne sur "L'Aviseur international" www.marcfievet.com


#2. ramon 31.5.2008. 11.34h

Mentre la droga ompli les butxaques del gran capital i faci la funció ideològica de distreure el personal i principalment els joves que els tingui preocupats com aconseguir drogues en comptes d'adonar-se de la manipulació a que estan sotmesos, la droga continuarà el seu èxit. Perquè està prohibida? Perquè com una llei seca qualsevol, dóna més rendiment econòmic. Ramon


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