Dans un contexte général de déconstruction de la culture, dont on connait le sens (entropie des artistes et des œuvres, démultiplication des sources, publics massifiés, etc.), et dont on sait comment ces phénomènes de confusion on finit par perdre les observateurs, Gossip permet de faire un point. Le dernier LP du groupe de Portland est saisissant tant il signifie ce phénomène d’imbrication des savoirs, des pratiques et des postures musicales. Leur musique est un terrain vague. Beth Ditto, la véloce chanteuse, véritable mutante, corporelle et vocale, entraîne une batteuse et un guitariste/bassiste, dans un double style transgenre, sexuel et stylistique. Faible instrumentalement, le groupe reprend tout ce qu’il connait de la musique populaire rock/pop, pour l’appauvrir et lui redonner le sens primaire, curieusement séminal, qui fut le prime registre de ses musiques. Des bouts de cultures abandonnés ou reconnus sont repris selon la règle minimale que s’impose le combo, à ne faire jouer que trois instruments en même temps (no wave !). Face à la complexité hésitante des musiques populaires, Gossip a choisi la tournure la plus radicale : extasier son style de puissance, renoncer à la pure forme, répéter pour se différencier, appauvrir pour légitimer sa joie.
Gossip, Standing in the Way of Control, Kill Rock Stars (2006).
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