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Blogs > David Herreros > Dieu, l’Eglise et les homos : un amour qui dérape


Samedi 9.12.2006. 00:00h

Dieu, l’Eglise et les homos : un amour qui dérape

L’Eglise est l’adversaire des gays et des lesbiennes à cause de l’interprétation qu’elle fait des textes fondateurs. Pour comprendre, il est nécessaire de revoir son catéchisme...
Dieu, l’Eglise et les homos : un amour qui dérape Dieu, l’Eglise et les homos : un amour qui dérape

S’il est une institution qui ne cesse de blâmer les homosexuels, c’est bien l’Eglise. Plus qu’une critique, c’est d’une dénonciation constante qu’il s’agit. Et ce, avec tout le packaging intellectuel et théologique adéquat, en bon chrétien. Et même s’il faut faire pression sur les gouvernements, qui sont laïques, no problem. L’Eglise est fâchée avec les homos et les lesbiennes et ces derniers le sont avec l’Eglise. L’Eglise rejette les homosexuels et ceux-ci se contrefichent de l’Eglise. Malgré tout, cette aversion réciproque, cette incompréhension mutuelle et parfois même cette haine ne laissent pas indifférents. Comment se fait-il que la religion de l’amour rejette des hommes et des femmes justement pour une raison d’amour ? Comment se fait-il que des hommes et des femmes, croyants ou respectant le christianisme, ne voient pas en l’Eglise le corps vivant du Christ sur la terre.
Il existe bien peu de littérature sérieuse sur ce sujet. La théologie et ses dogmes qui s’enchaînent sont réservés aux intellectuels. Au fond, le christianisme est assez mathématique. Heureusement, pour ce qui est de l’homosexualité, aucun dogme n’intervient; c’est à dire aucune loi inamovible instituée par l’Eglise, mais en revanche une série de concepts développés et repris jusqu’à nos jours. Où est donc le problème ? Sans aucun doute dans une interprétation tendancieuse des textes bibliques. L’Eglise n’échappe pas à l’homophobie, elle n’échappe pas aux conditionnements, elle n’échappe pas enfin, comme toute majorité, à faire pression sur les minorités.
Parler d’homosexualité pour l’Eglise, c’est avant tout parler de la Genèse. Dieu crée l’homme et la femme sexuellement différents pour qu’ils s’unissent et qu’ils procréent. Personne n’est contre, pas même les homos. Gays et lesbiennes aussi sont enfants d’un homme et d’une femme. Les théologiens en déduisent tout « naturellement » que les seuls couples licites sont hétérosexuels. Mais si Dieu avait voulu interdire les couples de même sexe, nul doute qu’il l’aurait dit en toutes lettres, comme il a défendu catégoriquement de manger la célèbre pomme. L’Eglise s’appuie sur cette déduction hâtive pour argumenter la seule légalité des couples hétérosexuels et elle en veut pour preuve irréfutable que la différence sexuelle permet la fécondité. Pourtant, il ne faudrait pas beaucoup d’ouverture d’esprit pour considérer que dans un texte aussi symbolique que la Genèse, ce qui importe réellement c’est la différence au sens d’altérité et non pas simplement la différence sexuelle. Dans les couples homos, on sait bien, comme dans les couples hétéros, que ce qui attire le plus, et le cas échéant, ce qui repousse le plus, c’est la différence entre deux personnes, c’est à dire l’altérité. Pour ce qui est de la fécondité au sens biologique du terme, elle est avant tout liée dans l’ancien et le nouveau Testament au contexte historique mais ne peut en aucun cas se limiter à ce sens. La fécondité est aussi l’épanouissement de la personne et son aura extérieure. Et la fécondité, au sens de descendance, passe aujourd’hui également par l’adoption et par la fécondation assistée.

Dieu est amour... hétérosexuel !

Mais parler d'homosexualité pour l'Eglise, c'est surtout faire référence à l'Evangile. Et là, surprise, on n'en parle pas ! Le Christ fustige les non croyants, les riches sans pitié et, plus que les autres, les pharisiens ; c'est à dire ceux qui s'attachent plus aux mots qu'à l'esprit de la religion.
Jésus parle peu de sexualité... On se demande si ça l'intéresse vraiment. Il parle quelquefois des célibataires et des mariés, du divorce et de l'adultère, des prostituées aussi, pour qui il a infiniment de respect, mais de l'homosexualité, point du tout. Le Christ ne donne pas de précisions ou d'actualisation de la Genèse à propos de la différence sexuelle comme il le fait pour d'autres aspects de l'ancien Testament; ita missa est. Il n'y a rien à rajouter. Les orientations sexuelles existent et tout ce qu’on peut lire sur les couples et la fécondité en général peut très bien s'appliquer aux homosexuels femmes et hommes. Mieux encore, l'amour n'a pas d'orientation sexuelle et Dieu est amour... hétérosexuel et homosexuel. Le pseudo "désordre" avancé par l'Eglise dans son catéchisme pour adultes, afin d’écarter les gays et les lesbiennes, n'existe que dans l'étroitesse de ses considérations qui lui en coûtera de plus en plus de défendre. L'éloge exclusif de la différence sexuelle devrait laisser place à l’éloge de l'altérité en général. Nous sommes tous différents et égaux devant Dieu.
L'Eglise doit être capable d'aller au-delà d'une lecture homophobe des textes bibliques, de la même manière qu'elle a été capable d'aller au-delà d'une lecture misogyne ou antisémite de ces mêmes textes.
Il est primordial pour l'Eglise de ne pas subordonner la question principale de l'amour à des considérations secondaires. De cette façon, on se rapproche des hommes et pas simplement des homosexuels. Et se rapprocher des hommes, c'est aussi se rapprocher de Dieu. L'Eglise, pour être pleinement Eglise, doit intégrer les homosexuels à égalité de droits avec les hétérosexuels. Les gays et les lesbiennes chrétiens ont également besoin de reconnaître en l'Eglise le corps vivant du Christ sur la terre.
Au fond, puisqu'il n'y a pas de commandements divins contraires, puisqu'il n'y a pas de dogmes, il ne manque peut-être pas grand chose pour que l'amour entre Dieu, l'Eglise et les homosexuels naisse réellement. Il faudrait au minimum que l'Eglise ne mette pas d'entraves là où Dieu lui même n'en met pas. David Herreros | 09.12.06 [Donnez votre avis]



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