3% de personnes, au mieux, à la messe du dimanche en pays catalan. Têtes grises, échines courbées, manteaux d’une autre époque. Ils y vont par habitude, par docilité. Par crédulité. Ils l’ont héritée du temps de leurs parents, qui eux-mêmes l’avaient reprise des anciens. Des siècles de conformité et d’obéissance à l’Eglise, du temps où l’on espérait encore des saints pour guérir, lorsque la médecine valait peu, où l’on espérait encore d’une vie meilleure au ciel, lorsque cette vie offrait trop peu pour espérer ici bas. Bien sûr, quelques moins vieux se mêlent aux autres, quelques conservateurs sans doute, quelques crédules qui cherchent refuge dans le surnaturel... D’autres, qui ne vont pas à l’église et se disent croyants, sont plus difficile à détecter. Au moins ont-ils compris, comme le conçoit une laïcité tolérante, que la spiritualité fait partie du domaine privé. Ils ne se montrent pas.
Quand le présent s’isole du passé…
Assis au milieu de la nef, un peu vers l’arrière et sur le côté, dans ces églises nord-catalanes, romanes pour la plupart, quelquefois ponctuées du vif éclat doré d’un retable de la Réforme, j’observe. Ordre immuable et hors du temps de la messe qui reflète un certain ordre du monde. La place de l’homme, le sens de sa vie, les événements de sa courte vie, la nature humaine et ses aléas. Il me semble déjà que le temps de l’Eglise n’est pas si différent, au fond, du temps d’aujourd’hui. Lorsque l’on dit que la religion n’est plus de notre temps, c’est certainement que l’on pense que notre temps est irrévocablement différent du passé. La ligne du temps ne serait donc qu’une pente douce et ascendante ponctuée de quelques accrocs seulement. Une pente résolument ascendante qui aurait laissé en arrière deux mille ans de christianisme, désormais obsolète, glissant vers le bas, vers les vieux et les quelques autres.
Pâques et Noël sont des quinzaines commerciales
Le virtuel, dont on parlait tant il y a quelques années (maintenant qu’il est partout, plus la peine de le nommer), a remplacé l’irrationnel de Dieu. Avec les technologies, le plaisir instantané rend inutile un bonheur pour plus tard, Pâques et Noël sont des quinzaines commerciales et l’iconographie chrétienne s’étudie scientifiquement. Manquerions-nous de recul pour observer avec justesse notre propre époque ? Et si le temps ressemblait à un électrocardiogramme désespérément plat, marqué de quelques soubresauts ? La nature humaine évolue bien moins rapidement que les techniques. Aller sonder les étoiles n’empêche pas les guerres, ni les famines, ni surtout le désespoir des solitudes, des maladies, des drames ou des injustices, ou tout bonnement l’inconsistance de certaines vies. C’est curieux alors comme l’Evangile semble sortir tout droit d’une coupure de presse, criante de modernité, issue du journal L’Indépendant de Perpignan. Et le virtuel devient "viduel", le plaisir ne dure pas, Pâques et Noël ne sourient qu’aux nantis, l’iconographie chrétienne est belle et froide. "N’ayez pas peur", avait dit Jean-Paul II. "Demandez, on vous donnera", avait répondu Dieu. La lente transformation de l’Homme annoncée par le Christ, l’Homme Nouveau issu de la Nouvelle Alliance, n’est certainement pas arrivée à son terme. Elle vient tout juste de commencer.
A peine s’est-il écoulé quelques secondes après Jésus-Christ !
Tout reste à faire pour baser nos principes personnels et de société sur l’amour de soi-même, pas l’égoïsme, et l’amour des autres, pas l’asservissement au nom de nos règles. L’Evangile et le temps liturgique nous y entrainent. Le temps liturgique est un cycle sans fin. Noël est toujours une promesse, Pâques sans cesse une confirmation et dans le temps ordinaire s’y trouvent reflétées les mille situations de chacun, de chaque moment. Notre temps n’a guère changé depuis des siècles. La révolution chrétienne, celle de l’amour, attend encore son avènement.
La semaine sainte sera peut-être l’occasion, pour ceux qui ne rentrent pas dans les églises, de sortir voir les processions sous prétexte de curiosité, de distraction. Un spectacle médiéval en quelques sortes. A trois jours de distance, faites-vous celle de Collioure by night, d’Arles, Bouleternère, Espira de Conflent, Osséja… pour la douleur. Enterrez-y tout le mal de votre vie et payez-vous le troisième jour à Ille, aux Angles ou à Céret, pour la résurrection. Là, c’est le matin du monde. Certes, la résurrection demande un petit effort : celui de se lever de bonne heure un dimanche matin...