Certes, il semblerait que parmi le christianisme, les églises protestantes, évangélistes en particulier, emportent la palme du plein de fidèles. Il suffit pour s’en rendre compte de faire un tour à Perpignan où, même chez la très catholique population gitane, l’évangélisme fait salle comble. Un style décomplexé, une liturgie de show à l’américaine, une grande autonomie et surtout l’absence de lien avec l’Eglise romaine attirent, c’est sûr, de nombreuses personnes qui viennent chercher ici une spiritualité chrétienne loin des clichés traditionnels. Mais pour ceux qui veulent rester fidèles à l’Eglise, point n’est besoin de la quitter pour entendre pointer les voix de la contestation depuis l’intérieur. Et c’est tant mieux, pour le bien de l’Eglise même.
Espagne, Amérique latine, France... Depuis l’improbable diocèse de Partenia, l’évêque français Mgr Gaillot parle et agit
Le cas de Monseigneur Gaillot est emblématique. L’ancien évêque d’Evreux est un prélat important ; un évêque est un cardinal et un pape en puissance... Ses prises de positions, sa médiatisation et ses actions concrètes en faveur des laissés pour compte, marginaux, sans-papiers, etc, ont fini par agacer Rome, qui l’a mis au placard en 1995. Ce n’est pas pour cela que Jacques Gaillot cesse d’être une personnalité influente, perçue comme catholique. Livres, conférences, presse, le font apparaître comme "l’évêque des autres". Ses engagements pour les plus démunis, le mariage des prêtres, l’ordination des femmes ou la sexualité en tant qu’"élément vital de la relation humaine" ont des supporters dans et hors de l’Eglise. Sur le plan de l’homosexualité, le mouvement français David et Jonathan oblige à reconnaître que gays et lesbiennes n’ont pas déserté le catholicisme, même si le Vatican les stigmatise. Au contraire, ils revendiquent même une sorte de "Gay-christian-pride" ! Toutes les questions autour de l’homosexualité et du christianisme sont débattues sur le net et au grand jour dans toute la France, grâce aux 22 équipes locales. En Espagne, et en particulier en Catalogne sud, le secteur progressiste connaît l’un de ses leaders en la personne de Raimon Panikkar. Cet ancien prélat romain, imprégné d’indouisme et de culture orientale est, à plus de 80 ans, un personnage hors du commun. Comme Mgr Gaillot, il publie beaucoup et s’exprime dans les émissions de radio et télé où ses points de vue, sur les questions morales en particulier, sont très écoutés.
Rome, défiée par la "théologie de la libération" en vigueur en Amérique latine
Mais qu’est-ce donc ? Une théologie, c’est un discours sur Dieu. Mais, alors que la théologie classique part des textes sacrés pour chercher ensuite à en déduire des applications dans les réalités quotidiennes, un point de vue dogmatique donc, la théologie de la libération part du quotidien des plus démunis, de l’oppression, de la misère et de la marginalité, pour construire son discours et "remonter" vers Dieu ; une théologie empirique, pourrait-on dire. Si Dieu existe -et puisqu’il existe- à quoi, à qui, ressemble-t-il dans tout cela ? On ne recommandera jamais assez de lire Jon Sobrino, ce jésuite du Salvador mis à l’index par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi dirigée, il y a peu encore, par un certain cardinal Ratzinger. Ses écrits sont poignants et d’une rare beauté. L’Eglise Catholique Romaine, c’est-à-dire universelle, n’est donc pas qu’un nid de punaises de sacristies, le lieu commun des propos convenus, l’ordre figé des ors et des pourpres des princes du Vatican. Que se rassurent ceux qui s’y sentent à l’étroit, l’air pur s’y respire aussi. L’orthodoxie ne peut empêcher le vent frais de la contestation...