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Blogs > Daniel Canals > Les identités peuvent dire merci à la mondialisation !


Samedi 17.2.2007. 00:00h

Les identités peuvent dire merci à la mondialisation !

Le coup d’accélérateur des échanges planétaires pourrait effacer les identités des petits territoires… Au contraire, les émergences nouvelles surprennent, dans un processus d’évolution des
Les identités peuvent dire merci à la mondialisation ! Les identités peuvent dire merci à la mondialisation !

Quoi de neuf au sujet des dynamiques identitaires ? Geneviève Vinsonneau, directrice de recherches à l’Université Paris V, relayée par l'Association Internationale Psychologie du Travail de Langue Française, révélait en 2006 que les turbulences nationales, citoyennes et familiales, activent la créativité identitaire. Ainsi, l’idée répandue de l’identité-prison vole en mille morceaux, car Culture et Identité sont désormais décrits comme des phénomènes situationnels et relationnels, et non plus comme des valeurs ancestrales attachées pour toujours à des territoires ou à des origines. Et l’on constate que les individus font des choix d’appartenance culturelle et territoriale qui répondent à des enjeux particuliers : on ne naît pas forcément breton, catalan, corse ou français, on peut le devenir par choix stratégique. Car les formations identitaires sont un bricolage humain de significations, de liens et d’adaptations, réalisé à partir des ressources disponibles sur place : la territorialité physique et symbolique, l’ancrage socio-politique, la religion et la langue. Mais nous avons peu ou prou oublié que, dès les années 1950, l’anthropologue Claude Lévi-Strauss démontrait que les populations porteuses de cultures distinctes se comportent différemment car elles sont équipées de codes culturels variés qui projettent au monde des significations différentes. Pour s’adapter au réel, les humains développent des modèles de conduite et de réactions différents, non pas par inégalité face à l’accès à la prétendue « civilisation », mais par une diversité propre à l’humanité. Cette diversité survit fort bien à la mondialisation, que l’on accuserait aisément de diffuser une horrible synthèse de standards culturels. Si celle-ci existe, elle reste parallèle à une variété planétaire, qui permet d’aider, secourir et apporter du bien-être à l’Autre, en connaissant ses codes. Sans cela, seule la violence sociale ou psychologique permet de s’introduire dans le champ signifiant de l’Autre. L’histoire s’est parfois illustrée de violences physiques, au nom de valeurs particulières supposées universelles, étrangères à l’agressé, à l’image de la « démocratie » imposée par l’armée américaine en Irak, où la « mission civilisatrice » de la France républicaine au Maghreb dès 1830. Souvent, les peuples visés ont réagi par la stupéfaction et l’incompréhension face à une intrusion dont ils ignoraient les codes. Car l’intérêt pour l’altérité culturelle, fruit de l’échange, est une notion indispensable pour clarifier les représentations identitaires de soi-même et de l’Autre. C’est pour cela que les Chtimis se sentent davantage chtimis après leur migration « ensoleillée » en Roussillon, tout comme les Bretons ou les Catalans de Paris voient leur identité individuelle boostée par le côtoiement de l’Autre.

Le feeling n’est pas national, il est universel, donc local…

Une culture attrayante offre des ressources symboliques quasi inépuisables. Elle est un vivier de significations à partager par des individus qui relient des perspectives communes ou un ancrage territorial commun. Mais si la langue partagée est un vecteur essentiel, le fait de la parler ne rend pas automatique la compréhension entre deux individus. Deux individus parlant des langues différentes mais partageant un même registre symbolique imaginaire peuvent se comprendre mieux dans certaines circonstances. Plus attentifs a l’autre, plus à l’écoute du non verbal car le feeling est universel. L’individu en quête de cohérence cherche dans le culture des repères utiles à l’édification du sens de son être et de sa pratique. La simultanéité d’appartenances possibles enrichit l’individu de séries distinctes de significations, de codes, qui une fois articulées entre elles confèrent à chacun une identité singulière. La multiplicité d’appartenances territoriales Catalogne du Nord, Catalogne du Sud, France, Espagne, Europe…Mais aussi religieuses, sociales, linguistiques… Permet la multiplicité des registres des codes et des significations ayant un sens pour l’individu porteur et multiplie par conséquent la capacité de compréhension, d’intégration de l’altérité. Plus que l’incessante diffusion de la culture dominante, la mondialisation peut être aussi le vecteur de nouvelles solidarités et de partage de biens culturels spécifiques ouverts à une population nomade de plus en plus en recherche de repères. Dans ce sens, la Catalogne Nord, la Bretagne, la Catalogne Sud et les autres territoires historiques jouent un rôle majeur. Sans arsenal légal, mais au même titre que les états, ils fournissent une palette de repères concrets, de proximité, non privatifs, c'est-à-dire parfaitement transmissibles à tous les migrants. Ils peuvent donner à l’individu une aptitude supplémentaire pour comprendre et vivre la mondialisation.



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