Sitôt posé un orteil en terrain étranger, le verdict vous foudroie : « Vous avez l’accent ! ». Ce jugement, François Mauriac, l’écrivain girondin, l’a définitivement transcrit par Thérèse Desqueyroux dès 1927. A propos de son mari, « elle se moque de lui ; il est grotesque. Peu importe ce qu’il dit avec cet accent ignoble et qui fait rire partout ailleurs ». Au fait, quel accent ? Ceux qui le trouvent n’en ont donc pas, mais tout le monde en a un. Mais s’il est standard, donc légitime, il n’existe pas, et pour une langue, c’est du pareil au même. Ainsi la petite Maud, qui rentrait en maternelle bilingue, il y a quelques semaines à Perpignan. La maîtresse parle catalan, mais dès l’arrivée d’un remplaçant qui ne parle que français, elle devient celle qui « parle catalan » et le maître est celui qui « parle ». Chez les enfants, déjà, la neutralité est une certaine langue, comme chez pas mal d’adultes elle est un accent jamais nommé. Un Parisien n’a pas d’accent, un Français de toute la partie Nord a peu d’accent, mais le Sud a de l’accent.
« Mondialisation » française de l’accent parisien
« L’accent », c’est toujours au Sud, et Pagnol ou l’humoriste Titoff y sont pour quelque chose si le puissant cliché persiste dans les esprits. Prenez les politiques Charles Pasqua ou Jean-Claude Gaudin : dès qu’ils ouvrent la bouche, les pauvres, les prend-on vraiment au sérieux ? Ils sont presque comme Bernard Desqueyroux… Alors que Bayrou et Juppé, c’est quand même autre chose, ils se sont adaptés, conformés, mais avec un petit air coincé. Chassez le naturel, pour éviter qu’il ne revienne au grand galop plomber votre crédibilité… Selon la science, les accents sont marqueurs d’origines géographiques, régionales ou étrangères, d’une époque ou d’une classe sociale, du titi au bouseux, en passant par les « quartiers » (dites « quartchers »). En France en particulier, l’accent est la persistance de la langue antérieure, qu’elle soit bretonne, catalane, corse ou arabe, avec quelques expressions socialement admises, dites « savoureuses » par les tenants de la norme parisienne. Mais les traces sont plus variées que le singulier du cliché, réducteur comme il se doit : les Méridionaux ne « chantent » pas pareil à Toulouse, à Perpignan, à Montpellier ou à Marseille. Et pourtant, dans une sorte de « mondialisation » française à l’intérieur des frontières tout aussi françaises, sans qu’on y prête garde, les accents subissent le sort promis incessamment aux numéros des plaques d’immatriculation, mise en 2009 au « F » sec et au standard sec. Finis les signes distinctifs.
Les accents, condamnés par l’Histoire
Par effet logique du brassage incessant des populations, il n’y aura bientôt plus d’« imbéciles heureux qui sont nés quelque part », comme disait Brassens, leur petit accent en bandoulière. Un rapide tour de France télévisé sur tel ou tel fait de société, genre « tout augmente, ma brave dame » ou « candidats au bac sortant de la salle d’exam » en apporte la preuve. Presque tout se ressemble, seuls les ruraux et les personnes d’un certain âge parlent de manière typée. Et pendant que toute la France « biloutte » en puisant dans le film sorti en février 2008 « Bienvenue chez les Ch’tis » ou que la comédienne Noëlle Perna fait bidonner la foule avec sa trop authentique Mado la Niçoise, à Marseille, dans la série télévisée « Plus belle la vie », combien de personnages parlent avec l’accent du pays ? Soyons sérieux. Et en vrai, entre les quartiers Nord qui rappent et chuintent à tout casser, et les bourgeois ou aspirants à l’être qui veulent tout sauf avoir l’air de sortir du « ferry-boîte » (pour ferry boat), combien sont-ils, « peuchère » - enfin, pecaire - à parler comme chez Pagnol ou Titoff ? Rassurons-nous quand même un peu : le monde entier ou presque, on le voit bien, parle anglais, ou plutôt globish, c’est à dire un anglais appauvri et utilitaire. Mais en réalité, combien d’ersatz d’anglais pouvons-nous entendre ? Et qui s’en plaindrait ?
Autant on peut revendiquer l'usage du catalan et le développement du multilinguisme, autant on ne peut que reconnaitre la logique de la standardisation progressive de la prononciation d'une langue, en l'occurrence le français, qui tend à faire disparaître les obstacles à la compréhension orale. Il n'y a aucun intérêt à encourager l'existence de 50 versions phonétiques d'un mot français. Quand on parle, c'est pour être compris d'un auditoire et on utilise donc le code phonétique le p... Lire la suite
Ouais....les accents sont ce qu'il reste des langues régionales de l'Hexagone....les francistes pur porc n'ont réussi à éradiquer les langues régionales qu'à la vraie fin du Moyen-âge, c'est à dire à l'arrivée du tracteur en 1950.....dans une même famille, l'enfant né en 1942 parle catalan comme son père,son frangin né en 1952, s'il le parle, ne le parle pas fuide comme son frangin....Les politiques francistes, il pétaient les neurones en se rendant compte que la France n'était p... Lire la suite