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Samedi 21.4.2007. 00:00h

Vers un ministère de la conformité nationale ?

La présidentielle 2007 est historique ! Pour la première fois, la France se demande qui elle est, en jetant son "identité" dans le débat. L'égalité est-elle soluble dans la différence ?
Vers un ministère de la conformité nationale ? Vers un ministère de la conformité nationale ?

Jeudi 8 mars 2007 : le candidat Nicolas Sarkozy, au plus haut dans les sondages, annonce un futur "Ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale"... Ce projet exhibe les troubles de la société française sur la question de la différence et du traitement des minorités. Le reste de la classe politique, gardienne des vertus de la République, s’en offusque et l’opinion est déroutée. Le candidat UMP prend ses concurrents à contre-pied, levant le lièvre, pour mieux dévoyer le débat.
Le seul point du territoire national où ces questions ont trouvé quelque élément de réponse plutôt satisfaisante, est celui de la Nouvelle-Calédonie. Encore a-t-il fallu en passer par la tuerie d’Ouvéa et les assassinats politiques. S’en souvient-on encore à l’heure où le Congrès vient de ratifier le gel du corps électoral néo-calédonien, pour éviter aux natifs de se voir à nouveau démocratiquement dépossédés et floués ? Pour que ça bouge, il faut que ça saigne.

Autopsie du système d'intégration

La République Française se prétend à la fois une et indivisible, et riche de ses diversités. Or, quelle place fait-elle à celles-ci ? Dans le fameux "La France, tu l’aimes ou tu la quittes", que dit-on de ce qui est fait pour que "tu l’aimes" ? Le plus souvent, le système contraint, par la force des choses, à parquer les publics visés dans des "técis" dégradées, enclavées et désespérantes, avec délit de faciès inclus. La panne française semble issue de l'absence de prise en compte de l'identité des individus, pour les conduire à tisser des ponts entre des origines qui leur collent à la peau (et qu’on leur renvoie à la figure), et la société qui les "accueille". Mais, au fait, comment les insérer dignement, à traitement égal, dans l’intérêt de la collectivité nationale ?

Rien ne fonctionne : ni discrimination positive ni le modèle républicain classique

En silence, l’esprit républicain est le "melting-pot" américain, qui a fonctionné jusqu’à ce que les Noirs, victimes de ségrégation et de violences intolérables, en contestent non pas tant le bien-fondé que le dévoiement. Il en est résulté un communautarisme basé sur des ségrégations spatiales et des quotas de la discrimination positive. Les républicains vertueux, parfois royalement drapés de tricolore, se réclament du premier modèle. Nicolas Sarkozy est bien tenté par le second... Mais aucun des deux ne marche réellement. Le premier feint de ne pas voir la discrimination, le second n’en sauve qu’une maigre élite de minoritaires. Ce débat bloqué provoque le malaise et les contradictions dans lesquels baignent la collectivité française et ses décideurs. Il est bloqué parce qu’on s’enferme dans une impasse inavouée : pour "devenir français" à part entière, il est exigé qu’on se dépouille de l’identité (langue, culture et pourquoi pas religion) liée à ses origines. Ou tu es étranger (et tu le restes), ou tu renonces à toi et te coules dans le moule unique de la citoyenneté. C’est l’esprit premier de la République : le citoyen indifférencié, universel, mais parlant français, pensant à la française. L’excellence, le phare de la civilisation, c’est (évidemment) lui. Il n'accepte la différence que si tu consens à la perdre pour devenir nous, à devenir "invisible". Mais l’invisibilité a ses scories : la peau, l’accent, le look…

Officiellement, il n'y a pas de communautés en France

Le communautarisme, s’il prend acte des différences, les marque de manière indélébile. Or, les "communautés" , inexistantes dans le cadre légal républicain, font partie du phrasé médiatique et politique. Contradiction évidente, visible de Perpignan, où l'on parle encore de "communautés gitane et maghrébine", à Paris, où sont citées régulièrement les "communautés" asiatique, juive ou musulmane… Est-il possible de créer, en finesse, une troisième voie, étroite et indispensable, par la considération des différences d’origine, permettant d’être à la fois l’autre et le même ? Si la France s’est construite sur l’"anéantissement" (comme disait l’abbé Grégoire pour les "patois" en 1794) de ses différences, elle y a pas mal réussi, de même qu’à intégrer l’immigration blanche (Polonais, Espagnols, Hongrois …), catholique, européenne et invisible, donc presque acquise d’entrée de jeu. Depuis un demi-siècle, elle peine à passer au broyeur des différences bien plus considérables. Au XXIè siècle, le modèle français exige une évolution, peu ou pas évoquée lors de la présidentielle de 2007. L'ouverture à la différence en serait la quintessence. Mais cette voie, ouverte ailleurs en Europe, ne semble ne pas être visée : en souhaitant créer un ministère spécifique pour traiter un problème, le candidat Sarkozy ghettoïse et condamne l'hexagone à piétiner.



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