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Blogs > Christian Lagarde > L’omniprévision météo, c’est pour quand ?


Vendredi 6.2.2009. 21:00h

L’omniprévision météo, c’est pour quand ?

La tempête Klaus du 24 janvier 2008, mal prévue dans toute sa force, montre les limites des prévisions météorologiques tout en nous replaçant au niveau des humains de jadis.
Effet de la tempête Klaus - Théza, Roussillon, 26 janvier 2009 Effet de la tempête Klaus - Théza, Roussillon, 26 janvier 2009

Nos anciens ont longtemps craint que le ciel ne leur tombe sur la tête. Et nous les post-modernes, sommes-nous bien plus avancés qu’eux en la matière ? Dans un village des Landes, à la faveur de la tempête Klaus, le vent d’un ciel furieux a fait tomber un gros arbre sur le toit d’une vieille maison, s’est effondré sur le lit baldaquiné où dormait un couple, le tout passant à travers le plancher qui n’en demandait pas tant, pour aller atterrir miraculeusement sain et sauf en pleine salle de séjour. A l’heure où l’on pourchasse les rares fumeurs de Gauloises, le ciel peut donc encore et toujours nous tomber sur la tête ! Et pourtant, Dieu – le Dieu du Ciel – sait bien que nous faisons tout pieusement, trois fois par jour au moins, nos dévotions à Sainte Météo, et sur trois ou quatre médias différents s’il vous plaît : annoncés d’une voix de velours et à grand renfort de mise en scène, pas une dépression qui ne se creuse ou quelque anticyclone qui ne dérape qui puisse ainsi nous échapper. Satellites, radars, modèles mathématiques de grande envergure et savants météorologues, ingénieurs pointus sont là pour observer, collationner, interpréter les signes du ciel.

Chercher le coupable de la tempête furieuse

Les météorologues avouent comme le bon Socrate : « tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». Parce que sur les deux dernières tempêtes en date, ils en ont manqué une. Elle a osé leur échapper, en tout cas dans son intensité fulgurante, et du coup les discréditer. Avec seulement ces 50% de réussite, le pouvoir devrait, selon ses usages, les mettre un par un ou collectivement à pied ou au placard. Quand on a la chance d’avoir élu un omniprésident, il nous faudrait bien de l’omniprévision (prédiction ?) météo : au-delà de la raison, la boule de cristal. Car l’homme post-moderne ne supporte guère de ne pas savoir, de ne pas être prévenu de ce qui va survenir, qu’il n’y ait pas de responsable désigné pour tout manquement à l’annonce claironnée, à la parole donnée, à la clause de fond de page signée. Responsable mais pas coupable. Responsable quand même, et après tout pourquoi pas coupable ? Il en faut bien un (pourquoi pas l’omniprésident omnipotent ?) ou deux (avec le premier ministre ?) ou davantage (tout le gouvernement français et tous les fonctionnaires avec), pour se passer les nerfs, faire son deuil, se dire que dans un drôle de jeu de rôles, malgré la tentation de l’irrationnel, la raison doit finalement l’emporter. Sûr qu’on finira un jour par tout savoir, à grand renfort de vidéosurveillance : désigner à la vindicte publique le météorologue assoupi devant ses écrans, et pourquoi pas le nuage fautif.

La temps (la météo), c’est de l’argent

Tout ça parce qu’au fond, une fois encore, le temps c’est de l’argent. Sitôt l’événement climatique survenu, les calculettes crépitent. De l’assurance vie à l’indemnisation pour catastrophe naturelle en passant par le temps mis à soigner, à repérer, réparer, reconstruire, tout a un sacré coût, surtout ajouté à celui de la folie des grandeurs boursières. Car selon les cas, l’homme postmoderne adore ou déteste tous ces « re- » en brochette : le propriétaire y perd en râlant une partie de son bas de laine pendant que l’artisan s’en frotte discrètement les mains. Après le passage de la tempête, disait un témoin, c’est l’apocalypse, comme Beyrouth, mais Beyrouth est de l’histoire ancienne. Mieux vaudrait dire Gaza, qui a disparu des écrans radar de notre bonne presse : d’accord, ça s’est calmé, mais quand même. Le temps, c’est, quoi qu’on en dise, de l’émotion. L’actu, par médias interposés, « Ça t’a une de ces gueules », aurait dit le bon Léo Ferré. C’est comme des miroirs déformants des fêtes foraines munis de mouvements, hélas très contrôlés, de zooms avant et de zooms arrières. Le temps d’antenne médiatique, comme la météo, se calme, s’emballe et se distord, mais ici à volonté, à la mesure des « sujets » : il y a bien du malheur sur cette terre, et la compassion ça se travaille, ça se distille – on a l’embarras du choix – pour faire de l’audience et, encore et toujours, de l’argent.



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