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Vendredi 3 septembre 2010. 00:53h
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Blogs > Christian Lagarde > Années 10, le pire et le meilleur des mondes


Vendredi 5.2.2010. 21:00h

Années 10, le pire et le meilleur des mondes

Sortons du catastrophisme pour voir après le creux de la mauvaise vague économique, et surtout sociale. Un shoot à l’optimisme.
Bouteille à la mer © Tripadvisor Bouteille à la mer © Tripadvisor

Les signes que nous envoie l’actualité dont les événements se succèdent et s’oblitèrent les uns les autres sont contradictoires. Les dérèglements climatiques, la tectonique des plaques, le poker des salles de cotation, le djihad islamique et autres joyeusetés qui sévissent à l’échelle mondiale ; les déréglementations sociales, le creusement des inégalités et des déficits que l’on perçoit dans des contextes plus proches, le tout en temps réel, constituent de nombreux et puissants éléments de brouillage de références et de valeurs auxquelles on est d’autant plus enclin, par compensation, à se raccrocher. Et ce sentiment, exacerbé en France, de dilution dans une culture de moins en moins différenciée, communiquant de manière de plus en plus obligatoire dans une seule et même langue, crée un profond malaise chez le citoyen non encore décérébré par des médias tentaculaires et plutôt adroitement et perversement pilotés. Les récents hommages à l’ethnologue Lévi-Strauss, disparu en octobre 2009, ont par exemple de quoi surprendre : le discours de ce centenaire trop unanimement révéré, farouche partisan de l’égalité intrinsèque des hommes et de leurs cultures, ne s’accorde guère avec les pratiques des puissances politico-économiques qui n’ont pas hésité à en tresser les louanges.

L’impact de l’horreur en direct

Ces instances, dira-t-on, se complaisent volontiers dans les enterrements de première classe. Au-delà de l’inévitable cocorico de circonstance et du politiquement correct, n’y a-t-il pas là néanmoins une forme confuse et expiatoire de véritable reconnaissance de ce que l’on concourt quotidiennement à détruire ? La marche du monde se résume-t-elle à des écrans de contrôle : « les voyants sont au vert », marchés au cadran et postes de travail des traders ? Rien n’est moins sûr. Les peurs et les chagrins, l’oppression et la misère du monde qui frappent des individus si éloignés de nous dans l’espace et dans leurs us et coutumes, nous les font apparaître, à nous, individus si mal à l’aise dans notre propre vie incomparablement moins inconfortable et tourmentée que la leur, comme des frères en humanité pour qui se déclenchent en surenchère toutes les formes possibles de solidarité. Car à l’évidence, la première décennie du XXIe siècle aura été celle de catastrophes climatiques et humanitaires qui nous aurons rappelé, au-delà de toutes les technologies et sensations de maîtrise des éléments, la vulnérabilité des hommes, pauvres en particulier.

Entre générosité et égoïsmes

Dons en espèces et en matériels, engagements dans l’humanitaire, manifestations de solidarité et collectes n’ont jamais aussi bien fonctionné, visiblement tout au moins, que depuis que les téléviseurs et Internet nous rapprochent, parfois jusqu’aux limites quantitatives et morales du tolérable, de ceux qui souffrent, injustement frappés tantôt par la nature, tantôt par les hommes, parfois par les deux conjugués comme en Haïti. Ce spectacle est ambivalent : il nous attire, par curiosité plus ou moins malsaine, et il nous gêne, parce qu’il nous renvoie à l’injustice de nos petits privilèges. Dans l’acte de charité revisité, en sommes-nous restés à un comportement de dames patronnesses, vivant le bien-être sur le dos de la pauvreté et se donnant bonne conscience, l’espace d’un don ? Dans un tout autre registre, le flop de la Conférence de Copenhague en dit tout aussi long : la lucidité assortie de générosité ne trouve-t-elle pas ses limites dans la préservation de nos intérêts égoïstes ? Le monde des années 10 est donc à la fois le pire et le meilleur des mondes. D’une manière ou d’une autre, c’est désormais un monde grand ouvert, dans lequel peuvent s’exercer les pires turpitudes et se nouer des élans humanistes de solidarité. En cela il est, comme toujours du reste et sans doute plus longtemps, une bouteille à moitié vide et à moitié pleine. Jetons, si vous le voulez bien, celle-ci plutôt que celle-là à la mer.



Commentaires

#1. Cheulette 01.12.2015. 22.15h

Cet article pose de bonnes questions. Je l'ai trouvé très intéressant .Merci .


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